Droits humains Minaku, Shadary et consorts : la détention sans procès des proches de Kabila, à l’épreuve du débat constitutionnel

Minaku, Shadary et consorts : la détention sans procès des proches de Kabila, à l’épreuve du débat constitutionnel

Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, figures du camp Kabila, sont détenus depuis l'hiver sans avoir vu un juge. Au moment où le pouvoir engage la révision de la Constitution, leur cas devient le test de l'état du droit en RDC.

De Gauche à droite: Ramazani Shadary, Tshikez Diemu et Aubin Minaku
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 26 JUIN 2026 - 13:30 WAT · 6 min de lecture

Vers trois heures du matin, le 16 décembre 2025, des hommes investissent une résidence de Kinshasa et emmènent Emmanuel Ramazani Shadary. Un mois plus tard, dans la nuit du 17 au 18 janvier 2026, c’est au tour d’Aubin Minaku d’être cueilli chez lui, peu après minuit. Le premier a été candidat à la présidence de la République en 2018 ; le second a présidé l’Assemblée nationale pendant sept ans. Plusieurs mois après, aucun des deux n’a vu un juge.

Leurs avocats parlent de « détention secrète ». Le pouvoir parle d’« enquêtes en cours ». Entre les deux formules, c’est l’état des libertés en République démocratique du Congo qui se joue, au moment précis où le pays s’engage dans une révision de sa Constitution.

Ce que dit le dossier, ce qu’il ne dit pas

Sur le plan judiciaire, les faits établis sont minces, et c’est le cœur du problème. Aubin Minaku, vice-président du PPRD, et Emmanuel Ramazani Shadary, secrétaire permanent du même parti, sont détenus depuis l’hiver. Le secrétaire national Dunia Kilanga les a précédés. Tous trois sont rattachés au camp de l’ancien président Joseph Kabila. Aucun n’a été inculpé publiquement, présenté à un magistrat, ni jugé. Le soupçon qui circule — la complicité avec la rébellion de l’AFC/M23 — a été formulé pour la première fois par l’ancien ministre d’État à la Justice Constant Mutamba dès mars 2025, lorsque les deux hommes furent interdits de quitter le territoire. Il n’a, depuis, jamais débouché sur une procédure publique.

Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, s’en est tenu à une ligne constante. « Je les ai rencontrés, les enquêtes sont en cours. Je précise qu’ils sont dans de bonnes conditions. Une fois que les enquêtes seront terminées, s’ils sont jugés non coupables, ils seront libérés », déclarait-il sur Top Congo le 10 avril 2026. La formule pose elle-même la question qu’elle prétend clore : des mois d’enquête sans présentation à un juge interrogent la frontière même du cadre légal.

« Les angles morts de la justice »

C’est cette zone grise qu’a visée André Claudel Lubaya. Dans une tribune reprise par Actualité.cd le 25 juin 2026, l’ancien député, aujourd’hui dans l’opposition, écrit : « Lorsqu’un État prive des citoyens de liberté, les soustrait à leurs familles, à leurs avocats et au contrôle du juge, il ne leur retire pas seulement leur liberté : il les fait disparaître de l’espace du droit. Une démocratie ne peut tolérer que des citoyens soient ainsi relégués dans les angles morts de la justice. »

Le PPRD, lui, n’a pas attendu pour qualifier les arrestations. Au lendemain de l’interpellation de Minaku, le 18 janvier, son cadre Ferdinand Kambere dénonçait sur Radio Okapi « cette stratégie de terreur installée par le pouvoir pour tenter de faire taire l’opposition ou de la supprimer », et réclamait une libération « immédiate et sans condition ».

Le lieu de détention nourrit l’inquiétude. Selon le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme, dont un rapport d’avril 2026 recense au moins quarante-deux membres de partis politiques détenus depuis janvier, une partie des prisonniers se trouve dans des cachots gérés par le Conseil national de cyberdéfense, un service rattaché à la Présidence, l’autre à la prison militaire de Ndolo. Le CNC s’est défendu de tout rôle coercitif : dans une lettre citée par Human Rights Watch, son directeur-coordinateur Claude Bukasa affirme que le service « ne dispose d’aucun pouvoir d’arrestation ni de détention ».

Un précédent qui pèse

L’organisation de défense des droits humains a documenté, le 10 mars 2026, dix-sept cas de disparition forcée à Kinshasa sur l’année écoulée, à partir de plus de trente-quatre entretiens, dont neuf anciens détenus du CNC. Son directeur adjoint au plaidoyer, Philippe Bolopion, y voit un retour en arrière : « La répression actuelle en RD Congo rappelle de manière inquiétante l’ère Joseph Kabila », déplorait-il le 22 mai 2026, soulignant que des opposants vivent « dans la crainte de représailles » pour avoir exprimé leur opinion. La charge est paradoxale, puisque ce sont des proches de Kabila lui-même qui sont aujourd’hui détenus.

Car l’ancien chef de l’État n’est plus, lui, dans la zone grise. Son immunité de sénateur à vie a été levée par le Sénat le 22 mai 2025, par 88 voix contre 5. Le 30 septembre 2025, la Haute Cour militaire l’a condamné à mort par contumace pour trahison, crimes de guerre et participation à un mouvement insurrectionnel — un procès tenu sans sa comparution ni sa défense, qu’il dénonce comme une instrumentalisation de la justice. La distinction est juridiquement décisive : Kabila est un condamné par défaut ; Minaku et Shadary, eux, ne sont à ce stade ni l’un ni l’autre, seulement détenus.

Le contretemps constitutionnel

C’est le calendrier qui donne au dossier sa portée. Au moment où ces cadres restent enfermés hors de tout cadre judiciaire visible, le pouvoir fait adopter la loi référendaire ouvrant la voie à une révision constitutionnelle, votée par l’Assemblée puis par le Sénat à la mi-juin 2026. Félix Tshisekedi a, pour la première fois, assumé en mai vouloir solliciter un nouveau mandat « si le peuple le veut ». L’opposition y voit un passage en force ; le centre de recherche Ebuteli a consacré un podcast aux inquiétudes que suscite le texte.

Réviser les règles du jeu démocratique pendant que des figures de l’opposition sont privées de liberté sans procès : la concomitance, à elle seule, nourrit la défiance. Elle explique pourquoi un dossier judiciaire individuel est devenu un test. Reste la question que personne, côté pouvoir, n’a tranchée publiquement : quelle infraction, quel juge, quel délai. Tant qu’elle demeure sans réponse, la phrase de Lubaya continuera de résonner au-delà du cas Minaku.

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B
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