Gouvernement Changement de Constitution : opposition et Église en front commun fissuré
C64

Changement de Constitution : opposition et Église en front commun fissuré

La chaire, la rue et les partis convergent contre le projet de changement de la Constitution. Mais ce front commun reste fragile, une opposition qui peine à s'unir, une Église elle-même traversée de dissidences.

Discussions autour du pacte social pour la paix, ECC, CENCO, Paul Kagame et le Gouvernement Rwandais, à Kigali
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 7 JUILLET 2026 - 17:04 WAT · 4 min de lecture

Le mardi 30 juin 2026, au lendemain du 66e anniversaire de l’indépendance, le cardinal Fridolin Ambongo célèbre une messe d’action de grâce à la cathédrale de Lingwala, à Kinshasa. L’archevêque métropolitain transforme son homélie en réquisitoire contre le projet de changement de la Constitution. Reprenant la position de la Conférence épiscopale nationale du Congo, il dit ne voir « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » d’une telle réforme. Le même week-end, le président Félix Tshisekedi prononce son discours d’indépendance, et la coalition d’opposition dite C64 prépare une marche contre ce même projet. Trois foyers de contestation, la chaire, la rue et les partis, se rejoignent sur un seul objet en quelques jours.

Cette convergence a de quoi frapper. Rarement l’Église catholique, une partie des Églises protestantes et l’essentiel de l’opposition politique se sont retrouvées aussi nettement sur un mot d’ordre commun. Encore faut-il s’entendre sur ce qui est combattu. Trois notions s’entremêlent dans le débat, la révision de la Constitution de 2006, son changement pur et simple par un texte nouveau, et l’hypothèse d’un troisième mandat présidentiel. C’est cette dernière, une intention prêtée au chef de l’État, qui cristallise la peur de ses adversaires.

Le pouvoir, lui, récuse cette lecture. En conférence de presse le 7 mai 2026, le président Félix Tshisekedi avait posé les termes de sa défense. « Je n’ai pas demandé un troisième mandat, mais je vous le dis : si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, je l’accepterai », déclarait-il, renvoyant toute décision à un référendum. Le 30 juin, il ajoutait avoir saisi la Cour constitutionnelle. « La Constitution n’est ni un instrument de circonstance ni un objet de convenance. J’ai déféré cette loi à la Cour constitutionnelle aux fins d’examen de sa constitutionnalité avant sa promulgation éventuelle », affirmait le président Tshisekedi. Des cadres de l’Union sacrée présentent la démarche comme une réforme légitime, soumise au peuple.

En face, l’opposition voit dans le projet une manœuvre pour contourner l’article 220, qui verrouille la durée et le nombre des mandats. La coalition C64 rassemble Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo, Delly Sesanga et le camp pro-Kabila. Dès décembre 2024, Martin Fayulu, président de l’Ecidé, résumait sa stratégie. « Le peuple est le plus grand moyen d’action », déclarait-il alors à Afrikarabia, en accusant le pouvoir de vouloir « toucher le fruit interdit » pour s’éterniser.

Mais le front de la rue avance en ordre dispersé. La C64, souvent décrite comme une addition de leaderships plus qu’une coalition soudée, a dû reporter au 22 juillet sa marche initialement prévue le 8, après une invitation du président de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, à des consultations à Bujumbura. Entre la logique de la rue et celle du dialogue, l’opposition hésite, sans candidat commun ni programme unique. Le mot d’ordre est partagé, la ligne d’action ne l’est pas.

L’Église, de son côté, n’est pas ce bloc que le mot de « front » laisse imaginer. Le 3 juillet, près de vingt prêtres de l’archidiocèse de Kananga ont désavoué la déclaration épiscopale, estimant qu’elle n’était « ni un décret, ni un arrêté, encore moins une décision ». L’absence de la signature de l’évêque de Mbuji-Mayi a été remarquée, tandis que des Églises de Réveil soutiennent ouvertement la réforme. Le cardinal Ambongo lui-même, le 7 juillet, appelait les fidèles à se méfier des politiciens, façon de rappeler que l’Église ne veut pas servir de marchepied à l’opposition.

Le front commun existe donc, mais dans le slogan plus que dans ses deux ailes. D’un côté une opposition divisée qui navigue entre la marche et la médiation, de l’autre une Église fissurée qui refuse l’instrumentalisation. Le second mandat du président Tshisekedi court jusqu’en 2028. D’ici là, la partie se jouera moins sur la clarté du refus que sur la capacité de ses porteurs à parler d’une seule voix, ce qu’ils ne font pas encore.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…