Un dialogue a été annoncé, mais son ordre du jour n'est pas écrit. Ce que chaque acteur veut y mettre : Constitution, prisonniers politiques, guerre à l'Est, place de l'AFC/M23. État des lieux des positions et des revendications.
Une seule raison a été donnée publiquement, et ce n'est pas le président qui l'a donnée. C'est le cardinal Fridolin Ambongo, vendredi 17 juillet, à la sortie d'une audience. « Notre pays aujourd'hui souffre d'une agression qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda », a-t-il dit. « Mais comment pouvons-nous faire face à une telle agression si nous sommes divisés entre nous, les fils et filles du Congo ? » L'unité d'abord, parce que la guerre l'exige. C'est l'explication de la décision telle qu'elle a été présentée aux Congolais, et à ce stade il n'en existe pas d'autre : Félix Tshisekedi n'a pas parlé lui-même.
Entre le 29 juin et le 17 juillet, dix-huit jours ont passé et un verbe a changé. Dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi avertissait que « le dialogue ne peut être détourné de son sens » et « ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple ». Il conditionnait alors toute discussion au retour de la paix à l'Est et posait que le recours aux armes n'ouvre aucun droit à la négociation. Vendredi, à la sortie d'une audience, le cardinal Fridolin Ambongo a annoncé que le chef de l'État avait « levé l'option d'engager notre pays dans un dialogue entre fils et filles du Congo, un dialogue inclusif ». Ce n'est plus une mise en garde, c'est une décision. Elle reste, dans la même phrase, subordonnée à des conditions qui se préciseront « chemin faisant ».
Une phrase de la déclaration du cardinal Fridolin Ambongo contient toute la suite. Le président Félix Tshisekedi a levé l'option d'un dialogue inclusif, a-t-il dit, en fonction de conditions qui se préciseront « chemin faisant ». Ce membre de phrase n'est pas un ornement. Il signifie que rien de ce qui fait un dialogue n'est arrêté, et que tout ce qui reste à arrêter est précisément ce sur quoi les acteurs congolais ne s'accordent pas.
En ouvrant le dialogue, le camp présidentiel reprend la main sur un mot qui appartenait à l'opposition, sans rien concéder d'écrit. Ce que Tshisekedi et l'Union sacrée jouent dans la séquence : l'initiative, le texte constitutionnel intact, et le stylo de la convocation.
Le dialogue annoncé le 17 juillet n'a ni date, ni lieu, ni médiateur, ni ordre du jour. Le motif qu'en a donné le cardinal Fridolin Ambongo est l'agression « qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda » et l'unité qu'elle impose. Le cadre juridique, lui, est écrit depuis 2006. Il détermine à lui seul l'essentiel de ce qui peut sortir de la table, quels que soient ceux qui s'y assiéront.
Le 7 août 1991, au Palais du peuple, des Congolais s'asseyaient pour refonder leur pays. Le 17 juillet 2026, un cardinal sortait d'une audience pour annoncer que le chef de l'État avait « levé l'option » d'un dialogue entre fils et filles du Congo. Trente-cinq ans séparent les deux dates. Entre elles, le pays s'est assis cinq fois. Cinq fois, il s'est relevé avec un organigramme. Et cinq fois, la question qui l'avait fait s'asseoir est restée sur la table.
La chaire, la rue et les partis convergent contre le projet de changement de la Constitution. Mais ce front commun reste fragile, une opposition qui peine à s'unir, une Église elle-même traversée de dissidences.