« Nous allons désormais conjuguer le verbe avancer », l’AFC/M23 annonce ouvertement vouloir conquérir Beni!
Dans un communiqué publié le 2 juin, la rébellion coordonnée par Corneille Nangaa menace d’élargir son emprise au Nord-Kivu et au Sud-Kivu et invoque les offensives des FARDC pour justifier la « conquête de nouveaux territoires ». Le coût humain de cette escalade reste, lui, invérifiable à ce stade.
« Nous allons désormais conjuguer le verbe avancer », l’AFC/M23 annonce ouvertement vouloir conquérir Beni!
AFP
Le mardi 2 juin, l’Alliance Fleuve Congo et le M23 ont consigné leur intention dans un communiqué. « Nous allons désormais conjuguer le verbe avancer au présent si le régime de Kinshasa persiste dans sa folie meurtrière. L’AFC/M23 répondra aux nouvelles offensives des FARDC et de leurs alliés par la conquête de nouveaux territoires afin d’établir un périmètre de sécurité », écrit le mouvement. Le texte vise les deux Kivu.
Le discours s’est durci à Goma. Le 13 juin a marqué quatre ans jour pour jour depuis la prise de Bunagana par le M23. À cette occasion, Corneille Nangaa a tenu une adresse à la presse dont une vidéo a été relayée le 14 juin par le compte X @TazamaRDC_Infos. Le coordonnateur de l’Alliance Fleuve Congo y évoque une marche vers Béni, dans le Nord-Kivu. « Ceux qui sont partis, sont partis. Ils nous attendent là-bas », affirme-t-il à propos de la ville. Il fixe ensuite un cap plus large : « Notre ambition, c’est un Congo démocratique, un Congo bien géré, un Congo bien gouverné. » BETO n’a pas authentifié cet enregistrement de manière indépendante, et le compte qui le diffuse ne figure pas parmi ses sources de référence.
La rébellion situe la tension dans les jours qui ont précédé. Elle décrit un déploiement de troupes, d’armements lourds et de « capacités aériennes offensives » à Minembwe, Masisi, Numbi et Walikale, qu’elle attribue à l’armée congolaise. Le même mardi, aux premières heures, elle a accusé les FARDC d’une offensive à Kibati, localité située à la frontière des territoires de Walikale et de Masisi, qui aurait été menée à l’artillerie lourde. Ce déroulé émane du seul communiqué de la rébellion. Aucune source indépendante ne l’a confirmé, et le gouvernement congolais n’a pas réagi à la menace.
La poussée verbale prolonge un front qui ne s’est jamais refermé. Goma reste sous le contrôle du M23 depuis plus d’un an. Fin mars, devant le Conseil de sécurité, la représentante spéciale adjointe de la MONUSCO, Vivian van de Perre, qualifiait déjà la situation d’« extrêmement tendue ». « Les récentes hostilités entre le gouvernement et l’AFC/M23 ont également été marquées par le recours croissant à des drones offensifs, ainsi que par la poursuite du brouillage et de la falsification des signaux GPS », déclarait-elle le 26 mars.
Les chiffres humains de cette guerre passent par les agences onusiennes, seules à les consolider. Devant le même Conseil, Mme van de Perre faisait état de 6,4 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays et de 26,6 millions d’habitants, soit un quart de la population, exposés à l’insécurité alimentaire en 2026. Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme disait avoir confirmé, depuis décembre 2025, 173 cas de violences sexuelles liées au conflit, touchant 111 victimes, « principalement des femmes et des filles ». Ces données remontent à mars. Aucun bilan consolidé n’a été publié pour les combats de la fin mai et du début juin.
La menace de juin contraste avec le calendrier diplomatique affiché. Kinshasa et Kigali se sont engagés, les 17 et 18 mars à Washington, à appliquer un accord de paix. Un cadre de cessez-le-feu a émergé du processus de Doha et des initiatives de l’Union africaine. Le M23 s’était retiré d’Uvira en janvier.
Au-delà du communiqué, le déroulé des affrontements de Kibati et leur bilan restent à établir.
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