CENCO : entre théologie de la libération et politisation de son action
L'engagement politique de la conférence des évêques catholiques nourrit un débat. Le pouvoir l'accuse de subversion, l'Église parle de devoir moral, et des voix internes s'interrogent sur la frontière entre parole prophétique et militantisme. La division traverse l'Église elle-même.
Discussions autour du pacte social pour la paix, ECC, CENCO, Paul Kagame et le Gouvernement Rwandais, à Kigali
AFP
Le rôle politique des évêques catholiques congolais s’est invité au cœur du débat public. En cause, la position de la Conférence épiscopale nationale du Congo, la CENCO, face au projet de révision constitutionnelle et sa participation aux médiations en cours. Deux lectures s’affrontent. Devoir moral pour les uns. Dérive partisane pour les autres.
L’Église, elle, assume. Dans sa déclaration du 20 juin, lue par son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, la CENCO met en garde. « Tout passage en force comporte des risques énormes, dont la balkanisation du pays. Dans un contexte où les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales, le déclenchement d’une autre guerre civile est à redouter », affirme le texte. Répondant au pouvoir, Mgr Nshole a qualifié les critiques de « diversion », en rappelant que « le pays va mal » et que chacun doit contribuer à réunifier la Nation.
Le pouvoir campe sur une autre ligne. Pour l’Union sacrée de la Nation, la déclaration des évêques incite « au soulèvement populaire et au renversement de l’ordre constitutionnel ». La coalition y voit un « acte de subversion » et reproche aux prélats de s’attribuer le monopole de la vérité.
Le débat n’oppose pas seulement l’Église au régime. Il traverse l’Église elle-même. Une vingtaine de prêtres de Kananga ont pris leurs distances avec la déclaration, rappelant qu’elle n’est « ni un décret, ni un arrêté ». Le vicariat de Kananga a recadré. D’autres confessions, du côté des Églises de réveil, se sont alignées sur le pouvoir. C’est cette fracture interne qui casse le récit binaire d’une Église unie contre le pouvoir.
Reste la question de fond, posée sans détour par le député national honoraire Xavier Bonane Ya Nganzi, ancien séminariste. Pour lui, l’accusation de théologie de la libération ne tient pas. Il déplace le curseur. « La véritable frontière n’est donc pas entre le silence et la parole, mais entre le prophétisme et le militantisme. » La participation de délégués de la CENCO aux consultations de Bujumbura, début juillet, aux côtés de l’opposition, ravive précisément ce soupçon de glissement.
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