Ebola en Ituri : la logistique qui fait reculer le virus, et les premiers guéris
Laboratoires rapprochés, enterrements sécurisés, premiers guéris : en Ituri, la riposte contre Ebola se joue dans la logistique, entre progrès réels et défiance des populations.
Ebola en Ituri : la logistique qui fait reculer le virus, et les premiers guéris
AFP
Avant la riposte, un simple prélèvement pouvait décider d’une vie. Un écouvillon prélevé à Mongbwalu devait parcourir plus de 2 000 kilomètres jusqu’à Kinshasa pour être analysé, et le résultat mettait des jours à revenir. Depuis le déploiement de laboratoires décentralisés autour de Bunia, le même échantillon est traité à moins d’une heure de route, et la réponse tombe en moins d’une heure grâce à des appareils portables. La capacité de test est passée de 30 à 80 analyses par jour. Chaque heure gagnée est une chaîne de transmission coupée plus tôt.
La mécanique de la riposte s’est étoffée à mesure que l’épidémie de souche Bundibugyo s’installait. De nouveaux sites d’analyse ont ouvert à Aru, à la frontière ougandaise, à Nyankunde, à Beni et à Butembo. Fin mai, 774 échantillons avaient été prélevés et 648 analysés. L’organisation médicale ALIMA a acheminé vers Bunia ses unités de soins biosécurisées, tandis que les équipes suivaient plus de 2 600 contacts en Ituri et au Nord-Kivu.
Le plus délicat se joue autour des morts. La manipulation d’un corps est l’un des moments les plus contaminants de l’épidémie. À Mongbwalu, la Croix-Rouge a formé dès le 19 mai une trentaine de volontaires à l’enterrement digne et sécurisé, et une centaine à Bunia. « Après cette formation, nos volontaires ont déjà procédé ce mercredi à l’enterrement digne et sécurisé de cinq corps suspects d’Ebola », rapportait le président provincial de la Croix-Rouge de l’Ituri, Serge Lemy. Écouvillon post-mortem, housse, cercueil, désinfection des équipements, chaque geste est codifié.
Un point distingue cette épidémie des précédentes. Le vaccin Ervebo, arme décisive contre la souche Zaïre, n’est pas homologué contre le virus Bundibugyo, et sa protection croisée reste jugée limitée. La riposte se fait donc sans vaccination en anneau classique. Les seuls recours sont des candidats en essai, plusieurs traitements expérimentaux recommandés par l’OMS et des vaccins encore à l’étude, dont les premiers pourraient n’arriver qu’après des mois.
Malgré ces contraintes, les premières guérisons sont arrivées. Début juin, un employé de laboratoire puis quatre infirmiers sont sortis guéris à Bunia. À la mi-juin, l’épidémie comptait 112 personnes rétablies. « C’est une victoire qui mérite d’être célébrée. C’est un message fort qui montre qu’il est possible de se remettre d’Ebola lorsqu’on se fait soigner rapidement dans un établissement de santé spécialisé », a souligné le directeur général de l’Institut national de santé publique, Dieudonné Mwamba Kazadi. La guérison est aussi un argument, celui qui doit ramener les malades vers les centres.
Car l’obstacle le plus tenace n’est ni le virus ni la distance, mais la défiance. Des rumeurs présentent l’épidémie comme une invention ou accusent les soignants de propager le mal. Des familles cachent les malades, refusent le traçage. Sur le terrain, les équipes le paient. « Il nous arrive d’être lapidés ou agressés physiquement », témoigne un agent de riposte de Bunia, Enock Badaru. À cette hostilité s’ajoutent l’insécurité et l’état des routes, qui compliquent chaque acheminement.
Pour Kinshasa, la riposte contre Ebola se gagne autant dans les laboratoires et les cimetières que dans les salles de soins. Les progrès logistiques sont réels, les premiers guéris aussi. Mais chaque centre attaqué, chaque corps disputé, chaque contact perdu de vue rallonge d’autant le combat. La victoire, ici, se compte en heures gagnées et en confiance regagnée, un test et un enterrement à la fois.
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