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Bunia

Ituri : huit décès en trois jours au camp de déplacés de Kigonze, sur fond de peur d’Ebola

Huit déplacés sont morts en trois jours au site de Kigonze, à Bunia. Les causes ne sont pas établies ; deux cas d'Ebola y avaient été confirmés le 22 juin.

Ituri : huit décès en trois jours au camp de déplacés de Kigonze, sur fond de peur d’Ebola
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 1 JUILLET 2026 - 15:02 WAT · 4 min de lecture

BUNIA. Huit personnes sont mortes en trois jours au site de déplacés de Kigonze, dans la ville de Bunia, chef-lieu de l’Ituri. Selon les gestionnaires du camp cités par Radio Okapi, les décès se sont enchaînés du samedi 27 au lundi 29 juin, certains sur le site même, d’autres dans des structures de santé ou au centre de traitement d’Ebola. La cause exacte de ces morts n’a pas été établie officiellement, ce qui nourrit l’angoisse d’une population déjà éprouvée.

Le détail communiqué par les responsables du site dessine une courbe inquiétante. Trois déplacés sont morts le samedi, dont un admis au Centre médical évangélique. Trois autres le dimanche, dont une personne transférée dans une structure sanitaire avant de succomber. Deux encore le lundi, l’un sur le site, l’autre au centre de traitement d’Ebola Elikya, à Bunia. Le camp de Kigonze, installé dans le quartier Mudzi Pela, accueille plus de 17 000 personnes, en majorité des femmes et des enfants.

La prudence s’impose sur les causes. Ce site n’est pas vierge de la maladie : deux cas d’Ebola y ont été confirmés le 22 juin par l’équipe de riposte, après analyse d’échantillons, parmi une série de décès survenus à la mi-juin. Le gestionnaire du camp évoquait alors au moins trente morts depuis le mois de mai, dues à une maladie dont l’origine n’était pas totalement établie, plusieurs malades présentant toutefois des symptômes compatibles avec Ebola, vomissements et diarrhées. Pour les décès de cette semaine, les prélèvements et analyses se poursuivent afin de confirmer ou d’écarter le virus. Aucun bilan officiel ne les impute, à ce stade, à Ebola.

C’est précisément ce vide d’information que dénoncent les responsables du site, qui disent ne pas être systématiquement avertis des résultats des analyses pratiquées sur les défunts. « Ces informations sont essentielles pour orienter les actions et rassurer la population », plaident-ils. Faute de réponses, la peur et la méfiance s’installent dans un camp densément peuplé, où la promiscuité et la précarité des abris favorisent la propagation des maladies.

Les équipes de riposte disent avoir intensifié la surveillance : recherche des contacts, formation de relais communautaires, installation de points de lavage des mains et sensibilisation aux inhumations sécurisées. Elles se heurtent à des résistances, entre déni de la maladie et manipulation des corps sans précaution, un geste à haut risque en contexte d’Ebola. Les gestionnaires jugent les moyens déployés insuffisants et réclament une meilleure coordination entre structures de santé et responsables du camp.

Le drame de Kigonze se joue dans l’épicentre de la 17e épidémie d’Ebola du pays, déclarée le 15 mai et due au virus Bundibugyo, une souche contre laquelle il n’existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique. L’Ituri concentre à lui seul près de 91 % des cas recensés. Faute d’outil pharmaceutique, la survie dépend de la rapidité de la prise en charge, un message que martèlent les autorités sanitaires. « Il est possible de se remettre d’Ebola lorsqu’on se fait soigner rapidement dans un établissement de santé spécialisé », a souligné le directeur général de l’Institut national de santé publique, le docteur Dieudonné Mwamba Kazadi. Le président Félix Tshisekedi a de son côté annoncé, fin juin, une visite dans la province pour suivre l’évolution de la riposte. Pour les déplacés de Kigonze, chassés par des années de violences, la menace sanitaire s’ajoute à un exil qui n’en finit pas : l’un d’eux confiait à Radio Okapi n’avoir plus fêté le 30 juin depuis 2017, année de son déracinement.

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B
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