Ebola en RDC : pourquoi les chiffres de l’épidémie divergent, et comment les lire
116 cas pour l'OMS, plus de mille pour le ministère: les bilans de l'épidémie d'Ebola 2026 semblent se contredire. La grille pour comprendre confirmés, suspects, périmètres et dates.
Ebola en RDC : pourquoi les chiffres de l’épidémie divergent, et comment les lire
AFP
Le 2 juin, l’OMS annonce depuis Genève que le nombre de cas suspects d’Ebola en RDC et en Ouganda chute de 906 à 116. Le chiffre fait le tour des rédactions, souvent mal lu. Certains y voient une épidémie qui s’effondre. D’autres l’opposent au millier de cas que le ministère congolais finira par recenser à la fin du mois. Deux malentendus en un. Car tout le monde ne compte pas la même chose, ni à la même date.
Une riposte épidémique trie les cas en trois catégories. Le cas confirmé a un test positif en laboratoire. Le cas probable présente un tableau clinique compatible, sans confirmation possible, souvent parce que le malade est mort avant le prélèvement. Le cas suspect, lui, désigne, selon la définition de l’OMS, « toute personne identifiée par le système de surveillance ou se présentant dans un établissement de santé avec des symptômes pouvant évoquer Ebola ». Ce dernier filet est volontairement large, pour ne rien laisser passer.
Au plus fort de l’alerte, on inscrit donc en suspects toute personne fébrile dans la zone. Beaucoup, en réalité, relèvent du paludisme ou d’un simple accès de fièvre. La chute de 906 à 116 n’est pas une bonne nouvelle tombée du ciel: c’est un nettoyage. Les suspects infirmés sortent du compteur. « Ils ont été écartés après vérification et souffrent soit d’autres maladies, soit n’ont présenté qu’un épisode de fièvre sans autre symptôme », a expliqué le porte-parole de l’OMS Christian Lindmeier. Dans le même temps, les suspects testés positifs basculent dans la colonne des confirmés, qui augmente.
Première clé de lecture: le « 116 » n’est pas le bilan total de l’épidémie. C’est le nombre de cas suspects encore en cours d’investigation. Confondre les deux fait croire à un effondrement de l’épidémie qui n’a pas eu lieu. Si l’on compare ce qui est comparable, les chiffres concordent: début juin, l’OMS, l’Institut national de santé publique congolais et Africa CDC dénombrent tous entre 320 et 360 cas confirmés.
Deux autres facteurs creusent les écarts apparents. Le périmètre, d’abord: l’OMS et Africa CDC publient souvent un total RDC plus Ouganda, là où le ministère ne compte que la RDC. On ne peut pas les additionner. La date, ensuite: chaque bilan est arrêté à un jour précis. Au 17 juin, l’OMS recensait 896 cas confirmés et 232 morts en RDC; fin juin, le ministère dépassait 1 270 cas et 360 décès. Comparer deux dates différentes fabrique un faux écart. Les bonds s’expliquent aussi par le rattrapage des tests: quand un laboratoire vide son stock de prélèvements en attente, le compteur grimpe d’un coup, sans que la maladie ait accéléré d’autant.
Reste une nuance que les bilans officiels rappellent eux-mêmes. Les cas confirmés ne sont pas « la vérité » opposée à des chiffres gonflés: ils sont un plancher. Dans une zone de conflit comme l’Ituri, qui concentre plus de neuf cas sur dix, des malades fuient les centres et des contacts ne sont jamais retrouvés. L’épidémie réelle est sans doute plus large que ce que les tests établissent. « Nous sommes toujours à la traîne, mais sous la direction du gouvernement, nous rattrapons notre retard », reconnaissait le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Lire un bilan d’Ebola, c’est donc poser trois questions avant de s’alarmer ou de se rassurer: confirmés ou suspects, quel territoire, quelle date. L’épidémie, déclarée à la mi-mai et due à la souche Bundibugyo, pour laquelle aucun vaccin n’est homologué, n’a pas encore livré tous ses chiffres. Elle a au moins livré sa leçon de méthode.
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