Politique Le pouvoir lance aussi sa mobilisation dans la rue
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Série Bataille constitutionnelle Partie 3 sur 11
Épisodes 12
Partie 3 — Politique

Le pouvoir lance aussi sa mobilisation dans la rue

Deux jours après la ville morte appelée par l’opposition, le camp favorable au changement constitutionnel veut répondre par une démonstration inverse : non plus le silence des rues, mais leur occupation. La marche du 5 juin, portée par la Coalition citoyenne pour la Nation et des responsables de l’Église de Réveil, marque l’entrée du camp pro-réforme dans la bataille de la mobilisation populaire.

UDPS opposition party supporters shout slogans and wave banners as they take part in a rally in Kinshasa on April 24, 2018, the first opposition rally authorized since September 2016.DR Congo's opposition held an authorised mass rally for the first time in nearly two years to mark the 28th anniversary of multi-party politics in the country, as tensions grow over veteran President Joseph Kabila's refusal to quit despite the expiry of his mandate. / AFP PHOTO / Junior D. KANNAH

La Rédaction 7 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 7 JUIN 2026 - 12:23 WAT · 7 min de lecture

KINSHASA — Le pouvoir n’a pas voulu laisser la rue à l’opposition. Après la ville morte du 3 juin, présentée par la Coalition Article 64 comme un signal de rejet du changement constitutionnel, le camp favorable à la réforme répond par une marche.

La Coalition citoyenne pour la Nation, conduite par l’archevêque Évariste Ejiba Yamapia, appelle à une mobilisation ce vendredi 5 juin à Kinshasa et dans plusieurs provinces. Les organisateurs présentent cette marche comme pacifique, citoyenne et patriotique. Ils disent vouloir soutenir un processus de réforme constitutionnelle fondé sur la « volonté souveraine du peuple congolais ».

La séquence est limpide. Le 3 juin, l’opposition a demandé aux Congolais de rester chez eux. Le 5 juin, les partisans du changement constitutionnel demandent aux Congolais de sortir.

Deux méthodes opposées. Une même cible politique : prouver que l’on parle au nom du peuple.

Le pouvoir veut reprendre la rue

Officiellement, cette marche est portée par des structures citoyennes, spirituelles et sociales réunies autour de la Coalition citoyenne pour la Nation. Mais dans le contexte actuel, elle est difficile à lire autrement que comme une réponse politique à la ville morte.

Le 3 juin, la C64 a voulu montrer que le débat constitutionnel pouvait ralentir Kinshasa. Le 5 juin, les pro-réforme veulent montrer que ce même débat peut remplir la rue.

L’enjeu n’est donc pas seulement le nombre de participants. Il est visuel, symbolique, psychologique. Dans une bataille politique, une ville morte produit des images de vide. Une marche produit des images de masse. Chacun choisit le langage qui l’arrange.

Le gouvernement, de son côté, a déjà tenté de délégitimer la ville morte. Patrick Muyaya a parlé d’un rejet populaire de l’appel de l’opposition, affirmant que « la ville était vivante » et dénonçant des vidéos manipulées, des communiqués truqués et des messages d’intimidation.

Mais une réponse institutionnelle ne suffisait pas. Pour faire face au récit d’une opposition qui aurait réussi son premier test, le camp favorable au changement constitutionnel avait besoin d’un contre-récit de rue.

La marche du 5 juin remplit cette fonction.

Une mobilisation annoncée comme citoyenne

Dans son communiqué du 18 mai, la CCN appelle plusieurs catégories de la société à participer : partis politiques, confessions religieuses, organisations de la société civile, mouvements citoyens, femmes, jeunes, étudiants, enseignants, chercheurs, artistes, journalistes, syndicats, commerçants, taximen, motards et membres de la diaspora. Le message est volontairement large. Il ne s’adresse pas à un seul parti. Il veut donner l’image d’une coalition sociale.

La CCN insiste aussi sur le caractère pacifique de la marche et demande aux autorités de garantir la sécurité des manifestants ainsi que le plein exercice des libertés démocratiques. Les itinéraires et modalités pratiques devaient être communiqués après concertation avec les autorités compétentes de la ville de Kinshasa.

Ce vocabulaire est important. Il permet aux organisateurs de ne pas apparaître comme une simple extension de l’Union sacrée. Ils veulent parler comme société civile, comme croyants, comme citoyens.

Mais l’opposition, elle, y verra probablement une mobilisation pro-pouvoir. Et elle posera les questions classiques : qui organise réellement ? Qui finance ? Quels partis mobilisent en coulisses ? Quels bus ? Quels relais administratifs ? Quelles consignes données dans les Églises ?

Ce sont des questions légitimes. Elles devront être posées aussi calmement que celles adressées au C64 après la ville morte.

Le Palais du peuple en ligne de mire

Le point de chute annoncé donne à cette marche une forte charge symbolique. D’après Actualite.cd, Pascal Mukuna a annoncé, au nom d’Évariste Ejiba Yamapia, une marche qui doit faire jonction avec d’autres groupes au Palais du peuple, où un message doit être lu.

Le choix du Palais du peuple n’est pas neutre. C’est le siège du Parlement. C’est aussi l’un des lieux où se joue le débat sur le référendum. Le 27 mai, l’Assemblée nationale a approuvé, sous réserve d’amendements, les conclusions du rapport sur la proposition de loi relative à l’organisation du référendum, malgré le boycott de l’opposition. Ce texte est porté par le député Paul-Gaspard Ngondankoy et vise à remplacer la loi de 2005 sur les consultations populaires.

Dans la proposition rapportée par Radio Okapi, la décision de convoquer un référendum reviendrait exclusivement au président de la République par ordonnance présidentielle, le scrutin devant être organisé par la CENI. Le texte prévoit aussi un mécanisme permettant au chef de l’État, en cas de dysfonctionnement majeur des institutions, de mettre en place une commission nationale multidisciplinaire pour identifier les dispositions constitutionnelles jugées inadaptées.

Voilà pourquoi le Palais du peuple devient le centre physique de la bataille. Pour les pro-réforme, il représente le lieu où l’on peut donner un cadre au « souverain primaire ». Pour l’opposition, il risque de devenir l’instrument d’un processus destiné à contourner les verrous constitutionnels.

Le même lieu. Deux lectures opposées.

La marche comme contre-image

La marche du 5 juin sera donc observée autant comme une manifestation que comme une opération de récit.

Si elle mobilise largement, le camp pro-réforme dira que le peuple n’a pas seulement peur du changement constitutionnel. Il dira que ceux qui veulent une nouvelle architecture institutionnelle existent, qu’ils marchent, qu’ils ne laissent pas la Constitution à l’opposition.

Si elle mobilise faiblement, le C64 y verra la preuve que la réforme n’a pas de base populaire solide.

Dans les deux cas, la bataille des chiffres commencera immédiatement. Les organisateurs parleront de foule. Les adversaires parleront de mobilisation encadrée. Les images seront découpées, recadrées, sorties de leur heure et parfois de leur lieu. Comme pour la ville morte, chaque camp cherchera son angle, sa photo, son boulevard, sa foule.

BETO devra donc garder la même règle : une marche ne suffit pas à prouver l’opinion nationale. Une ville morte non plus.

Ce qu’il faudra regarder, c’est plus précis : les lieux de départ, les itinéraires, les groupes mobilisés, les slogans, la présence ou non de responsables politiques, le rôle des Églises, l’encadrement policier, le niveau réel de participation, les provinces effectivement touchées.

Une séquence qui installe le duel

En entrant dans la rue, le camp pro-réforme accepte le terrain choisi par l’opposition. Il ne répond pas seulement avec des communiqués ou des arguments de droit. Il répond avec des corps dans l’espace public.

C’est un tournant.

La bataille constitutionnelle ne se jouera donc pas uniquement dans les textes. Elle se jouera aussi dans la capacité de chaque camp à transformer ses mots en présence.

Le 3 juin, le C64 a testé le retrait. Le 5 juin, les pro-réforme testent l’occupation. Le 9 juin, l’opposition annonce une plainte. Le 12 juin, elle veut revenir devant le Palais du peuple par un sit-in.

Le calendrier est désormais lancé. Le pouvoir et l’opposition ne se contentent plus de s’accuser. Ils s’organisent, ils convoquent, ils occupent les lieux, ils cherchent des images.

La Constitution est devenue le nouveau nom du rapport de force congolais.

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B
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