Diplomatie Jusqu’où la RDC peut-elle continuer à concéder au Rwanda

Jusqu’où la RDC peut-elle continuer à concéder au Rwanda

Opération FDLR lancée seule le 30 mars, siège dans le mécanisme de vérification avec l'AFC/M23, engagements réaffirmés à chaque réunion. En face, aucun retrait rwandais constaté au 15 juillet, et un accord qui ne prévoit aucune sanction automatique.

Jusqu’où la RDC peut-elle continuer à concéder au Rwanda
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 29 JUILLET 2026 - 15:27 WAT · 6 min de lecture

Le 15 juillet 2026, l’échéance espérée par Washington est passée sans que rien ne bouge. Aucun désengagement des Forces de défense rwandaises n’a été officiellement constaté dans les zones tenues par l’AFC/M23. Le 4 juin, le secrétaire d’État Marco Rubio avait dit espérer ce retrait avant la mi-juillet. Six semaines plus tard, Kinshasa continue de tenir sa partie du contrat, et de la tenir seule.

Ce que chacun devait faire

  • Rwanda : lever ses mesures de défense, donc retirer ses forces du territoire congolais.
  • RDC : neutraliser les FDLR.
  • Le texte : aucune sanction automatique en cas de non-respect.
  • Au 15 juillet 2026 : aucun retrait constaté ; opération FDLR au point mort depuis le 30 mars.

Ce que la RDC a accepté de faire, et qu’elle fait

L’accord signé à Washington le 4 décembre 2025 répartit les obligations. Le Rwanda s’engage à lever ses mesures de défense, ce qui comprend le retrait de ses forces du territoire congolais. La RDC s’engage à neutraliser les FDLR.

Kinshasa a exécuté. Le 30 mars 2026, les FARDC ont lancé depuis Kisangani une opération destinée à obtenir la reddition, volontaire ou forcée, des combattants FDLR en vue de leur rapatriement au Rwanda. Quatre mois plus tard, aucun bilan officiel ne fait état d’avancées significatives.

Le 17 juillet, le mécanisme conjoint de vérification du cessez-le-feu entre le gouvernement et l’AFC/M23 affichait complet. Kinshasa siège donc dans une instance de vérification aux côtés du mouvement qui occupe une partie de son territoire.

Les 15 et 16 juillet, à la Mission américaine de Genève, la cinquième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité réunissait les deux délégations, les États-Unis, le Qatar, le Togo comme médiateur de l’Union africaine, et la Commission de l’Union africaine. Le communiqué final indique que « la RDC et le Rwanda ont réaffirmé leur engagement à mettre en œuvre rapidement les Accords de Washington, notamment en accélérant les efforts de neutralisation des FDLR et de désengagement des forces ainsi que de levée des mesures défensives ». Aucune nouvelle échéance n’a été fixée, aucun bilan concret annoncé sur le CONOPS.

Le verrou que personne n’a levé

L’engagement congolais bute sur un obstacle géographique que Radio Okapi formule sans détour : « Les principaux bastions attribués aux FDLR se situeraient au Nord-Kivu, dans des zones contrôlées par l’AFC/M23, ce qui empêche, à ce stade, le déploiement des FARDC. »

La RDC doit donc désarmer, dans des zones qu’elle ne contrôle plus, un groupe armé dont les bastions sont situés au Nord-Kivu. Le Rwanda conditionne la levée de ses mesures de défense, donc le retrait de ses troupes, à cette neutralisation. Et ce sont les forces qu’il soutient, l’AFC/M23, qui tiennent le terrain où l’opération devrait se dérouler. L’autre difficulté relevée par Radio Okapi tient au rapatriement des combattants volontaires, qui exige une coordination étroite entre Kinshasa, Kigali et les partenaires internationaux, alors que la méfiance entre les deux capitales persiste.

La séquence acceptée par Kinshasa est donc inexécutable en l’état : remplir une condition sur un territoire dont le contrôle lui échappe, avant d’obtenir le retrait de celui qui tient ce territoire. Selon les sources sécuritaires citées par Radio Okapi, seule une volonté politique partagée entre les deux capitales débloquerait ce dossier, qui reste l’un des principaux points de friction de l’accord.

Ce que l’accord ne prévoit pas

Le déséquilibre a une cause écrite. « Le texte ne prévoit pas de sanctions automatiques en cas de non-respect des engagements par l’une des parties », rappelle Radio Okapi. Un engagement non tenu n’entraîne donc aucune conséquence mécanique. Il entraîne une réunion.

C’est ce qui s’est produit. L’échéance évoquée par Marco Rubio est passée sans avancée visible. La réunion suivante s’est tenue à Genève, après celle de Londres. Le communiqué annonce que les parties « ont convenu de se réunir à nouveau dans les prochaines semaines afin d’évaluer les progrès accomplis ».

Ce que Washington dit des deux parties

Devant le Conseil de sécurité, Massad Fares Boulos, conseiller principal des États-Unis pour les affaires africaines, a dressé le bilan d’un an d’accord. Son constat vise les deux capitales : les engagements n’ont pas été pleinement respectés. Kinshasa est jugé insuffisamment avancé sur la neutralisation des FDLR. Kigali est pointé pour le maintien de ses forces et son soutien à l’AFC/M23.

Le responsable américain a estimé que les retards et les justifications n’étaient plus acceptables, et réaffirmé la volonté des États-Unis de sanctionner les acteurs qui entravent le processus, notamment des responsables militaires et des réseaux impliqués dans le commerce illicite des minerais. Cette réunion du Conseil de sécurité s’est tenue à New York un mois avant celle de Genève, elle-même précédée d’une évaluation à Londres.

Cette symétrie du reproche mérite d’être lue avec la carte. Le manquement reproché à Kinshasa porte sur une opération qu’elle ne peut mener faute d’accès au terrain. Celui reproché à Kigali porte sur des troupes que Kigali peut retirer quand il le décide.

La question que la séquence pose

Un an après la signature, l’inventaire est le suivant. La RDC a lancé son opération, siège dans le mécanisme de vérification avec l’AFC/M23, participe à chaque réunion d’évaluation et réaffirme ses engagements à chaque communiqué. Le Rwanda n’a pas retiré ses forces, maintient la neutralisation des FDLR comme condition préalable, et ne s’expose à aucune sanction prévue par le texte.

Le communiqué de Genève parle d’« une occasion historique d’instaurer la sécurité et la prospérité pour les populations de la région des Grands Lacs ». Sur le terrain, les affrontements se poursuivent au Nord et au Sud-Kivu.

Reste la question, qui n’est pas rhétorique : que peut encore concéder Kinshasa qui n’ait pas déjà été concédé, et à quel moment l’absence de contrepartie devient-elle un argument diplomatique plutôt qu’un simple constat ?

Ce qui n’est pas public

Aucun bilan chiffré de l’opération contre les FDLR n’a été publié depuis le 30 mars : ni redditions, ni rapatriements, ni pertes.

Le contenu du CONOPS, ce plan d’opérations dont les réunions successives disent surveiller la mise en œuvre, n’est pas public. Personne, à l’extérieur des délégations, ne peut donc vérifier ce qui devait être fait, ni dans quel ordre.

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B
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