Diplomatie Désarmement des FDLR : ce que le protocole annoncé par Kinshasa engage pour la RDC

Désarmement des FDLR : ce que le protocole annoncé par Kinshasa engage pour la RDC

Kinshasa annonce un cantonnement des FDLR. Le CONOPS annexé à l'accord de Washington ne le prévoit pas, désigne un vérificateur que le briefing n'a pas nommé, et fait financer par chaque pays ses propres opérations.

Paul Kagame et Félix Tshisekedi, au cœur d'un conflit où ni la guerre ni la négociation ne suffisent à la RDC

Désarmement des FDLR : ce que le protocole annoncé par Kinshasa engage pour la RDC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 29 JUILLET 2026 - 14:34 WAT · 8 min de lecture

Dans l’accord signé le 27 juin 2025 à Washington, l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo et celle du Rwanda se suivent, aux paragraphes 1 et 2 du même article premier. Le premier s’intitule « Respect for the Democratic Republic of the Congo’s Territorial Integrity: Disengagement of Forces/Lifting of Defensive Measures by Rwanda ». Le second s’intitule « Respect for the Republic of Rwanda’s Territorial Integrity: Neutralization of the FDLR ». Les deux titres disent des choses opposées. Sous les deux titres, la même phrase, mot pour mot : « The Parties agree to implement the Harmonized Plan for the Neutralization of the FDLR and Disengagement of Forces/Lifting of Defensive Measures by Rwanda (CONOPS) of October 31, 2024, as provided for in this Agreement. » Le respect de l’intégrité territoriale congolaise n’a pas d’instrument propre dans cet accord. Il est adossé au même plan opérationnel que le désarmement d’une milice rwandaise sur le sol congolais.

C’est ce plan que Kinshasa a invoqué le 28 juillet 2026 pour annoncer un protocole. Devant la presse, le ministre de l’Intégration régionale Floribert Anzuluni a présenté un engagement des FDLR en deux temps. « Les FDLR se sont engagées d’abord, dans une première phase, à accepter une démilitarisation, une démobilisation suivie d’un cantonnement. La première condition est que cette démobilisation et ce cantonnement se fassent dans des camps suffisamment sécurisés », a-t-il déclaré, selon Radio Okapi. La seconde phase doit conduire à la dissolution du mouvement, le retour au Rwanda restant volontaire, et les combattants soupçonnés de crimes graves relevant des juridictions compétentes. Le ministre n’a cité aucun article. « Ce protocole a pour unique fondement l’accord de Washington, auquel est adossé le concept opérationnel », a-t-il dit. Or ce concept opérationnel, le CONOPS du 31 octobre 2024, annexé à l’accord, ne comporte ni le mot cantonnement, ni un site de regroupement, ni un effectif chiffré. Le camp que la RDC s’apprête à ouvrir n’est prévu par aucun texte, et n’est donc budgété par aucun.

Ce que le Congo doit, ce qu’on lui doit

Sur la séquence, le texte donne raison à Kinshasa, et il le fait en un mot. Le CONOPS écrit, à son paragraphe 8 : « The FARDC must neutralize the FDLR while the RDF disengages forces/ lifts Rwanda’s defensive measures in four phases ». While, pendant que. Les deux obligations sont deux items parallèles de la même phase 2. Elles partagent la même échéance : « The neutralization of the FDLR and the lifting of Rwanda’s defensive measures must be completed within three months », soit D+90 au plus tard. La cessation des opérations transfrontalières rwandaises est même placée un cran plus tôt, en phase 1, avant la conduite des opérations contre les FDLR. Aucune phrase du plan ne subordonne le retrait à un constat préalable d’achèvement de la neutralisation.

La position rwandaise, elle, introduit cette condition. Le 31 mai 2026, devant le corps diplomatique, le ministre rwandais des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe déclarait qu’il n’y aurait pas de retrait sans neutralisation définitive des FDLR. Le 22 juillet, six jours avant l’annonce de Kinshasa, il qualifiait la démarche congolaise de tentative de manipulation dans un entretien à La Libre Afrique : « Toute autre volonté d’ajouter des conditions qui tentent de présenter les FDLR comme partie de cet accord est inacceptable. » Le corps de l’accord ne fixe, de son côté, aucune date de retrait, aucune sanction, aucun mécanisme de constatation du défaut. Il pose en revanche une règle générale à son paragraphe 4 : « The Parties agree to refrain from any acts of aggression. The Parties agree not to engage in, support, or condone any military incursions or other acts, whether direct or indirect, that threaten the peace and security, or that undermine the sovereignty or territorial integrity of the other Party. » Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, s’en est tenu à la réciprocité : « Il faut deux pour danser le tango. Nous faisons notre part et nous espérons que le Rwanda va, à son tour, retirer ses troupes conformément aux engagements pris. »

Payer seul, dans un territoire qu’on ne tient pas

Le paragraphe 13 du CONOPS, intitulé « Logistical Support », règle la question de la facture en une ligne : « Each country finances it owns activities; Sustainable funding must be ensured internally. » La faute figure dans le document. La règle, elle, est claire. Chaque pays paie ses propres opérations, et le paragraphe 7 ne leur en donne pas le même nombre : quatre missions à la RDC, neutraliser les FDLR, promouvoir le rapatriement, garantir les conditions d’une paix durable, protéger la population et permettre le retour des déplacés, contre deux au Rwanda, désengager ses forces et réintégrer socialement les ex-combattants rapatriés. Ni l’accord ni le CONOPS ne créent de fonds, ne désignent de bailleur, ni ne chiffrent un coût. Le briefing du 28 juillet a évoqué des partenaires régionaux et internationaux appelés à fournir une expertise technique. Une expertise, pas un financement.

Ce que la RDC doit financer, elle doit le déployer dans six zones. Cinq au Nord-Kivu, une au Sud-Kivu, selon le gouvernement, et une seule sous contrôle effectif des Forces armées de la République démocratique du Congo, dans le territoire de Walikale. Muyaya l’a dit sans détour : « Tant que certaines zones restent sous contrôle étranger, il est difficile de mener des opérations efficaces. » Le rapport du Secrétaire général des Nations unies du 19 mars 2026 décrit le même terrain : « L’AFC/M23 a continué de consolider son administration parallèle, menant des opérations avec le soutien de la Force de défense rwandaise contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et d’autres groupes armés dans le territoire de Rutshuru. » Deux bataillons ont été déployés à Walikale à partir de mars 2026, et une opération lancée le 30 mars depuis Kisangani n’avait produit aucune avancée avant l’annonce.

Le renfort international, sur le papier, ne comble pas cet écart. L’article 5 de l’accord engage les Parties envers la MONUSCO, non l’inverse : « The Parties shall facilitate and support MONUSCO’s capacity to protect civilian populations and implement all elements of its mandate. » Il ne confie aucune mission nouvelle à la Mission, qui n’est ni vérificateur ni exécutant du volet FDLR. La résolution 2808 du Conseil de sécurité, adoptée le 19 décembre 2025, autorise 11 500 militaires, 600 observateurs et officiers d’état-major, 443 policiers et 1 270 membres d’unités de police constituées, jusqu’au 20 décembre 2026. Elle limite le périmètre : « La zone d’opérations de la Mission est limitée aux provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, à l’exception des activités nécessaires pour soutenir les activités de surveillance et de vérification du cessez-le-feu dans le Sud-Kivu. » La sixième zone annoncée se trouve au Sud-Kivu. Le mandat expire dans moins de cinq mois, sans qu’aucun calendrier de cantonnement n’ait été rendu public.

Le compteur congolais, lui, tourne depuis longtemps. Le même rapport onusien recense, au 31 janvier 2026, « 6,5 millions de personnes déplacées à l’intérieur de ses frontières, dont 1,3 million dans le Nord-Kivu, 1,5 million dans le Sud-Kivu et 1,3 million dans la province de l’Ituri », 468 civils tués dont 75 femmes et 62 enfants sur 532 atteintes à la protection, et 1 555 violations des droits humains recensées par le Bureau conjoint des Nations unies. Le 22 juillet, le coordonnateur de la société civile du Nord-Kivu, John Banyene, décrivait à Radio Okapi ce que subissent les territoires concernés : « Le M23 continue de massacrer, torturer, violer, piller les ressources naturelles et les biens de la population, occuper illégalement des habitations et des champs, imposer des taxes illégales qui asphyxient la population, recruter de force des jeunes et commettre des assassinats ciblés. » Une semaine plus tôt, le député national Joseph Nkoy, rapporteur adjoint de la commission défense et sécurité, réagissait à l’expiration de l’ultimatum de retrait : « C’est encore une fois la manifestation par le Rwanda de son comportement de mépris vis-à-vis de la communauté internationale et des États-Unis d’Amérique. »

Depuis l’annonce du 28 juillet, aucune de ces voix ne s’est exprimée sur le protocole. Ni la société civile du Nord-Kivu ou du Sud-Kivu, ni un député, ni un chercheur congolais, ni le Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation, pourtant désigné à l’article 2 de l’accord comme véhicule du désarmement des groupes armés, et qui annonçait le 10 juillet avoir démobilisé 6 422 ex-combattants depuis 2021. Kigali non plus n’a réagi. Le texte du protocole n’a pas été publié, ni sa date, ni son lieu, ni ses signataires. Les deux prochaines vérifications sont congolaises avant d’être diplomatiques : le document lui-même, et le nom du premier site de cantonnement ouvert sur le territoire national.

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B
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