RDC : Ebola devient l’épidémie la plus meurtrière de l’histoire du pays
Le virus Bundibugyo a tué 31 % des malades en 2007 et 34 % en 2012. Il en tue 47 % en Ituri. L'écart ne vient pas de la souche mais de l'absence de contre-mesures homologuées et de six semaines de grèves.
RDC : Ebola devient l’épidémie la plus meurtrière de l’histoire du pays
AFP
Au 17 août 2026, la dix-septième épidémie de maladie à virus Ebola déclarée en République démocratique du Congo comptait 2 325 décès pour 4 945 cas confirmés, soit une létalité de 47 %. Ce chiffre pose une question que la virologie tranche : le virus en cause n’est pas le plus meurtrier de sa famille, il est l’un des moins meurtriers.
Le virus Bundibugyo a été identifié en Ouganda en 2007. Cette première épidémie a fait 37 morts sur 56 cas confirmés, soit une létalité de 31 %. La seconde, en 2012 dans l’ancienne Province Orientale congolaise, a fait 24 morts pour 31 cas confirmés et 18 probables, soit 34 %. La coordination opérationnelle du risque épidémique et biologique situe la létalité globale de cette espèce entre 30 et 50 %. À titre de comparaison, l’épidémie de 2018-2020 au Nord-Kivu et en Ituri, due au virus Ebola-Zaïre, a tué 2 287 personnes sur 3 470 cas, soit 66 %.
L’écart de treize à seize points entre la létalité historique de Bundibugyo et celle observée aujourd’hui en Ituri ne vient donc pas de la souche.
Ce que la pharmacie n’a pas
L’Organisation mondiale de la santé l’écrit dans son bulletin du 14 août : il n’existe aucun vaccin approuvé et aucun traitement spécifique homologué contre le virus Bundibugyo. Le COREB le formule en quatre mots dans son webinaire du 28 mai, « Pas de vaccin, pas de traitement spécifique ».
Ervebo, le vaccin qui a fait ses preuves à l’Est du pays entre 2018 et 2020, est licencié contre l’espèce Zaïre. Des données animales suggèrent qu’il pourrait offrir une protection croisée de 70 à 80 % contre Bundibugyo, sans que ce résultat soit confirmé chez l’homme. Le groupe consultatif technique de l’OMS a recommandé de l’intégrer à un essai clinique randomisé plutôt que de le déployer.
Le reste de l’arsenal est au laboratoire. Le candidat le plus avancé, MBP134, est un traitement à deux anticorps qui a donné des résultats chez le primate, avec une version améliorée, MBP431, permettant une protection plus longue et une administration plus simple. Le remdesivir montre une activité in vitro. L’obeldesivir, administrable par voie orale, présenterait un intérêt en contexte épidémique, son efficacité chez l’homme restant à établir. Un vaccin spécifique de cette souche, le rVSV-BDBV GP, en est au stade du développement. Sur le terrain, l’essai thérapeutique PARTNERS avait inclus plus de cent cas confirmés au 14 août.
L’incubation dure de deux à vingt et un jours, et la transmission passe par le contact direct avec les liquides biologiques. Une riposte privée de vaccin et de traitement homologués n’a donc plus que trois outils : trouver les contacts, les isoler, soigner les symptômes.
Six semaines de grèves dans les centres de traitement
Le premier de ces trois outils s’est dégradé au vu de tous. Le rapport de situation n° 082 de l’Institut national de santé publique, arrêté au 4 août, indique un suivi des contacts retombé à 75,3 %, quand le seuil opérationnel de la riposte est fixé à 95 %. Le même document recensait 140 personnels de première ligne infectés en Ituri, dont 43 morts.
L’épidémie, elle, a continué de s’étendre pendant cette dégradation. Au 4 août, l’Ituri concentrait 3 460 cas et 1 464 décès sur un total national de 3 973 cas confirmés. Le 12 août, un premier cas au Bas-Uélé portait à six le nombre de provinces affectées, et au 17 août 55 zones de santé sur les 140 que compte le pays étaient touchées. Le Comité d’urgence de l’OMS a recommandé le 18 août le maintien de l’urgence de santé publique de portée internationale déclarée le 17 mai.
Le deuxième et le troisième outils dépendent de gens qui, depuis juillet, ne sont pas payés. Le 13 juillet, les prestataires du centre de traitement de Rwampara, à Bunia, ont durci leur grève, impayés depuis la déclaration officielle de l’épidémie le 15 mai à Mongbwalu. Radio Okapi écrivait alors que « l’arrêt des soins et de la surveillance clinique condamne les patients hospitalisés à une mort quasi certaine ». Les autorités se sont engagées le 19 juillet à payer les salaires des prestataires en Ituri.
Le 3 août, les agents de la riposte manifestaient à Mongbwalu pour réclamer trois mois d’arriérés. Le 8, la grève gagnait Nizi. Le 14, à Kasenyi, sur les rives du lac Albert, à une cinquantaine de kilomètres de Bunia, un notable de la localité, Wilson Nduru, constatait : « Cela fait 48 heures que le personnel affecté par le gouvernement ne se présente plus au centre de traitement de Kasenyi. C’est la désolation et la déception. » Le coordonnateur de la société civile de l’Ituri, Dieudonné Lossa, ajoutait : « La riposte telle qu’organisée ne rassure pas. Il y a aussi grève aujourd’hui à Nizi. J’en impute la responsabilité à l’État. » La province concentre 80 % des cas.
Le troisième facteur est en amont de tout. L’épidémie a probablement commencé en février, et plusieurs des premiers cas ont été attribués au paludisme et à la typhoïde avant que le virus soit identifié. Trois mois de circulation avant la déclaration du 15 mai, dans des zones où le premier réflexe diagnostique est celui d’une fièvre banale.
Un virus qui tue un malade sur trois quand on le soigne en tue près d’un sur deux quand on ne le soigne pas. C’est la seule lecture que les chiffres autorisent, et elle ne parle pas de virologie.
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