Sécurité & Défense RDC-Émirats : l’alliance minerais-sécurité qui réarme les FARDC et rebat les cartes à l’Est

RDC-Émirats : l’alliance minerais-sécurité qui réarme les FARDC et rebat les cartes à l’Est

Adossé à ses minerais et à un parapluie américain, le partenariat de Kinshasa avec les Émirats réarme les FARDC, finance une force de 20 000 hommes pour ses mines et assèche l'or de l'adversaire. Un levier stratégique qui pourrait rebattre les cartes à l'Est.

RDC-Émirats : l’alliance minerais-sécurité qui réarme les FARDC et rebat les cartes à l’Est
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 10 JUILLET 2026 - 09:51 WAT · 3 min de lecture

En adossant ses minerais à une alliance avec les Émirats arabes unis, sous parapluie américain, Kinshasa s’est donné un levier militaire de premier plan. Le partenariat, documenté le 2 juillet par le centre d’analyse américain Critical Threats Project (CTP), réarme l’armée congolaise et pourrait peser sur le rapport de forces face au M23 soutenu par le Rwanda.

Le dernier signe de cette montée en puissance est aérien. Un avion-cargo affrété via la société Invicta Air Cargo a relié deux fois la base d’Al Reef, à Abou Dhabi, à Kinshasa, les 25 et 26 juin, selon des données de suivi de vols citées par le CTP. Ces rotations prolongent des livraisons entamées de longue date. Entre 2021 et 2023, Abou Dhabi aurait conclu un accord de défense et fourni aux FARDC des blindés de transport de troupes et des dizaines de milliers d’armes légères. En mai 2025, un industriel émirati a livré des véhicules blindés au port de Kinshasa, déployés ensuite dans le sud minier.

Cette coopération militaire s’appuie sur un socle économique que Kinshasa a bâti méthodiquement. Depuis l’entrée des États-Unis dans les efforts de paix régionaux, à la mi-2025, la RDC a multiplié les accords avec Abou Dhabi. La société émiratie International Resources Holding a pris une participation majoritaire dans la mine d’étain de Bisie, au Nord-Kivu. En février 2026, un accord de partenariat économique global a étendu la présence logistique émiratie sur un corridor d’exportation. La RDC a orienté 50 000 tonnes de cuivre vers l’Arabie saoudite et les Émirats via une coentreprise soutenue par Washington, et le groupe Glencore a cédé 40 % de ses actifs congolais à un consortium associant un fonds souverain émirati et le gouvernement américain. Autant d’intérêts qui arriment désormais deux poids lourds à la stabilité de la RDC.

Le dispositif sécuritaire suit la même logique. En avril 2026, Kinshasa a obtenu un engagement émirati, aux côtés des États-Unis, pour cofinancer une force paramilitaire de plus de 20 000 hommes destinée à verrouiller les mines du sud. Chiffré à 100 millions de dollars, le projet prévoit le déploiement de 3 000 recrues d’ici décembre, selon l’agence Bloomberg. L’Inspection générale des mines le décrit comme une « unité spéciale paramilitaire destinée à sécuriser toute la chaîne d’exploitation minière ». Sur le terrain, l’appui de contractuels de la société Vectus Global, engagée par Kinshasa, s’est ajouté à celui des FARDC au Sud-Kivu face au M23, selon le CTP.

L’or illustre le calcul congolais. Les sanctions américaines contre la principale raffinerie rwandaise, le 25 juin, asphyxient une source de financement de l’effort de guerre adverse, tandis que Kinshasa réoriente son or vers des canaux « officiels ». De retour à Abou Dhabi en avril 2026, Félix Tshisekedi y a signé un nouvel accord d’approvisionnement en or. L’entreprise publique DRC Gold Trading vise près de 2 milliards de dollars d’exportations en 2026. La manœuvre prive l’adversaire de devises et ramène la rente aurifère dans le giron de l’État.

À l’arrivée, la RDC transforme sa géologie en atout diplomatique et militaire. En liant ses minerais aux intérêts de deux puissances, elle s’assure des équipements, une force de protection et une couverture stratégique au moment où elle veut reprendre l’Est. Le pari suppose que Kinshasa garde la main sur les termes de l’échange. S’il tient, il pourrait modifier durablement l’équation sécuritaire dans l’est du pays.

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B
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