Diplomatie Est de la RDC : anatomie d’une paix rendue impossible par le Rwanda

Est de la RDC : anatomie d’une paix rendue impossible par le Rwanda

Washington, Doha, Union africaine : jamais les signatures n'ont été aussi nombreuses. Sur le terrain, les armes n'ont pas cessé de parler. Récit d'une paix que ses propres accords rendent introuvable.

Est de la RDC : anatomie d’une paix rendue impossible par le Rwanda
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 7 JUILLET 2026 - 16:18 WAT · 4 min de lecture

Le 26 juin 2026, James Swan présente au Conseil de sécurité son premier exposé comme chef de la Mission des Nations unies en RDC. Il décrit une architecture de paix presque complète, l’accord de Washington entre la RDC et le Rwanda, le Cadre de Doha avec l’AFC/M23, la médiation de l’Union africaine. Dans le même exposé, il constate que les combats se poursuivent autour du centre minier de Rubaya et de Rutshuru, au Nord-Kivu, et dans les hauts plateaux du Sud-Kivu. Depuis le 19 mars 2026, la Mission a documenté 632 morts civiles au Nord-Kivu et en Ituri. L’écart entre le papier et le terrain n’a jamais été aussi net.

Cet écart est le produit d’une année de diplomatie intense. Après la prise de Goma par l’AFC/M23 et les forces rwandaises fin janvier 2025, puis celle de Bukavu en février, les médiations se sont enchaînées. Le 27 juin 2025, la RDC et le Rwanda signaient à Washington un accord prévoyant le retrait des troupes rwandaises sous quatre-vingt-dix jours et la neutralisation des FDLR. Le 19 juillet, une Déclaration de principes était paraphée à Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23. Un Cadre de Doha suivait en novembre, une cérémonie à Washington en décembre, en présence du président Félix Tshisekedi et de son homologue rwandais. Les échéances de mise en œuvre, elles, ont été manquées les unes après les autres.

La raison tient d’abord à un malentendu de fond. Les parties n’ont jamais donné le même sens au texte signé. Pour l’AFC/M23, la Déclaration de Doha ne prévoit aucun départ. « Il ne s’agit pas de retrait, mais des mécanismes de capacitation de l’État le rendant à même d’assumer ses prérogatives », soutenait son coordonnateur politique Bertrand Bisimwa, en juillet 2025. Pour Kinshasa, la lecture est inverse. « La paix, pour nous, signifie retrait des troupes rwandaises, cessation de soutien aux supplétifs. C’est clair », répondait le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, en décembre 2025. Deux camps, un même document, deux définitions incompatibles de la paix.

Le terrain a tranché à sa manière, en refusant de suivre les calendriers. Loin de se retirer, l’AFC/M23 a consolidé une administration parallèle, nommant ses propres « gouverneurs » au Nord et au Sud-Kivu, un fait que la Mission de l’ONU relève comme un obstacle à la restauration de l’autorité de l’État. Les cessez-le-feu se sont succédé sans tenir, chaque partie accusant l’autre de les violer. Entre les rounds de négociation, les positions se sont figées plutôt que rapprochées.

À la racine du blocage, il y a aussi une économie. Le centre minier de Rubaya, qui fournit environ 15 % de la production mondiale de coltan, est passé sous contrôle de l’AFC/M23, qui y prélève des taxes estimées par l’ONU à au moins huit cent mille dollars par mois. Début 2026, Kinshasa a placé Rubaya sur la liste des actifs stratégiques proposés aux États-Unis, nouant la question minière et la question sécuritaire. Tant que la guerre rapporte, l’incitation à déposer les armes reste faible.

Les bilans, eux, restent contestés, et doivent être maniés avec prudence. Sur la présence militaire rwandaise, les estimations divergent, d’environ quatre mille hommes selon certaines sources à quatorze mille ou dix-huit mille selon le Groupe d’experts de l’ONU, sans qu’aucun chiffre unique ne fasse foi. Les violences contre les civils sont attribuées par la Mission de l’ONU à des groupes armés comme à des membres des forces de sécurité, sans qu’un camp en porte seul la responsabilité. Près de vingt-sept millions de Congolais, plus d’un quart de la population, sont en insécurité alimentaire.

Un an après Washington, le constat des spécialistes est sévère. « On est très, très loin d’une réussite », estimait début juillet 2026 le chercheur Jason Stearns, spécialiste des Grands Lacs, pour qui « la mise en œuvre pose un vrai problème ». Les signatures se sont accumulées, les armes ne se sont pas tues. L’Est de la RDC vit désormais cette situation paradoxale, une paix abondamment écrite, jamais advenue, où chaque accord signé semble surtout acter le désaccord suivant.

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B
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