Choléra : avec 71 200 cas en 2025, la RDC affronte une épidémie née du manque d’eau
Plus de 71 200 cas et 2 070 morts en 2025, la pire épidémie de choléra en 25 ans selon l'UNICEF. Sa cause profonde n'est pas médicale, mais l'accès à l'eau potable, le plus bas d'Afrique.
Le site de l’Unité de Traitement du Choléra (UTC) de Médecins Sans Frontières (MSF) érigé à Pakadjuma, dans la zone de santé de Limete.
AFP
L’ampleur est inédite. Selon l’Organisation mondiale de la santé, dont les données ont été relayées par Radio Okapi le 5 mars 2026, la République démocratique du Congo a enregistré au cours de l’année 2025 plus de 71 200 cas de choléra et 2 070 décès. Pour l’UNICEF, qui s’exprimait le 8 décembre 2025, jamais en vingt-cinq ans le pays n’avait connu flambée aussi virulente. La maladie a débordé son foyer habituel de l’Est pour toucher la majorité des provinces, jusqu’à des zones longtemps épargnées.
Un territoire résume la crise. Au Sud-Kivu, la division provinciale de la santé a comptabilisé, entre janvier et mai 2026, un cumul de 6 494 cas suspects et 80 décès, pour un taux de létalité de 1,2 %, selon un bilan rapporté par Actualité.cd le 4 juin 2026. Ces chiffres sont des instantanés, propres à une province et à une période. Ils disent moins un pic isolé qu’un mal installé, qui remonte chaque saison des pluies et s’accroche aux mêmes zones.
Car la racine du choléra, ici, n’est pas d’abord médicale. Elle est dans les tuyaux qui manquent. Entre 2024 et 2025, selon l’UNICEF, 43 % seulement de la population congolaise a eu accès à un service d’eau de base, le taux le plus bas d’Afrique, et à peine 15 % à un assainissement de base. Une bactérie qui se transmet par l’eau souillée trouve là un terrain sans obstacle. « L’accès limité à l’eau et aux services d’assainissement continue de favoriser la propagation du choléra dans le pays », résumait l’agence onusienne le 8 décembre 2025.
Le représentant de l’UNICEF en République démocratique du Congo, John Agbor, a posé le paradoxe en une phrase. « Congolese children should not be so gravely affected by what is a wholly preventable disease », déclarait-il, soit, en français, « les enfants congolais ne devraient pas être aussi gravement touchés par une maladie pourtant totalement évitable ». Le choléra se traite, et surtout se prévient. Une eau propre et des latrines suffisent à briser sa chaîne. C’est cet équipement de base qui fait défaut.
Sur le terrain, les organisations médicales alertent sur la double urgence, soigner vite et investir durablement. Le chef des programmes de Médecins sans frontières au Sud-Kivu, Ton Berg, appelait le 23 octobre 2025 à « une action coordonnée et urgente pour garantir la fourniture rapide de soins médicaux, notamment un accès sans entrave et un investissement durable dans l’accès à l’eau potable et à l’assainissement ». La formule dit tout de la nature du combat. La réponse d’urgence sauve des vies dans l’instant, mais elle ne tarit pas la source.
Face à cette réalité, l’État a posé un cadre. Le ministère de la Santé s’est doté d’un plan stratégique multisectoriel d’élimination du choléra, dont l’UNICEF chiffre le coût autour de 192 millions de dollars, qui mise sur l’eau, l’assainissement et la vaccination des zones les plus exposées. La difficulté n’est pas dans l’intention mais dans les moyens. Le financement de la riposte pour 2026 est jugé fragile, dans un pays dont les ressources sont happées par la guerre à l’Est et l’assistance à des millions de déplacés, dont les camps sont eux-mêmes des foyers à haut risque.
Pour Kinshasa, le choléra est le symptôme d’un chantier plus vaste que la santé, celui de l’eau. Les bilans épidémiques évolueront, à la hausse en saison des pluies, à la baisse quand la riposte tient. Mais tant que quarante-trois Congolais sur cent n’auront pas d’eau sûre, la maladie reviendra. La combattre durablement, ce n’est pas seulement traiter les malades, c’est creuser des forages et poser des canalisations. La victoire, ici, se mesurera moins en cas soignés qu’en accès garanti.
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