Justice Corruption en RDC : l’opacité des rémunérations publiques nourrit la fraude, selon le CNPAV
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Corruption en RDC : l’opacité des rémunérations publiques nourrit la fraude, selon le CNPAV

Une coalition citoyenne chiffre l'écart entre les salaires du sommet de l'État et ceux de la base, et soutient que l'opacité des rémunérations nourrit la fraude.

Corruption en RDC : l’opacité des rémunérations publiques nourrit la fraude, selon le CNPAV
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 9 JUILLET 2026 - 20:15 WAT · 4 min de lecture

Un directeur général d’établissement public perçoit en un mois ce qu’un professeur d’université met plus de dix-sept ans à gagner. Le chiffre figure dans une note d’analyse que la coalition Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) a présentée le 29 juin, à la veille du 66e anniversaire de l’indépendance, avant de la publier deux jours plus tard. Son propos dépasse le constat d’inégalité : en République démocratique du Congo, soutient-elle, l’opacité qui entoure les salaires de l’État prépare le terrain de la corruption.

Portée par l’Observatoire africain des ressources naturelles (AFREWATCH), membre de la coalition, la note a été présentée le même jour dans plusieurs villes du pays. Elle tombe alors que les députés examinent un nouveau projet de loi anticorruption, mais se tient sur un autre terrain que l’arsenal juridique : celui de ce qui, en amont, rend la fraude possible.

Sur la période 2020-2025, le document chiffre le traitement de base d’un huissier de la fonction publique à 240 720 francs congolais, celui d’un secrétaire général à 390 439 francs, des montants qu’il juge inférieurs au coût de la vie. Le contraste éclate au sommet des entreprises publiques. Le directeur général du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV) y touche, selon le rapport, 38 000 dollars nets par mois ; celui de l’Institut national de préparation professionnelle, environ 37 330. Dans l’enseignement supérieur, un professeur émarge à 402 458 francs de salaire de base, auxquels s’ajoute une prime institutionnelle de 4 406 429 francs, près de onze fois davantage. « Pendant qu’une minorité bénéficie de rémunérations importantes, la majorité des agents de l’État peine à joindre les deux bouts », résume la note, citée par Radio Okapi.

Le rapport insiste moins sur l’écart que sur ce qu’on ne voit pas. Aucun document public ne permet de connaître les rémunérations du président de la République, de la première ministre, des membres du gouvernement ou des présidents des deux chambres. Cette zone d’ombre, écrit le CNPAV, « constitue un obstacle au contrôle citoyen des finances publiques et limite la redevabilité des institutions ». La coalition vise dans la foulée des lignes budgétaires peu lisibles, les « frais secrets de recherche » et les « fonds spéciaux d’intervention », dont elle réclame l’encadrement.

Les taux d’exécution nourrissent l’argument. En 2024, les dépenses de fonctionnement des institutions ont atteint 124,35 % des prévisions, celles des ministères 139,47 %, quand l’accès à l’eau, à l’électricité ou à la santé plafonnait entre 3 et 12 %. De ce décalage naît le risque que pointe la coalition : faute d’outils permettant aux citoyens de suivre la rémunération et l’enrichissement des responsables, l’opacité ouvre la voie au détournement des fonds publics.

Son coordonnateur, Dirk Shaka, relie la faiblesse des traitements aux dérives de l’administration. « Ce fléau est à la base de nombreuses antivaleurs, notamment la corruption et les paiements indus », a-t-il déclaré. Lambert Bakonda, membre du consortium, décrit une fonction publique à l’arrêt : « Nous constatons qu’il y a des grèves partout. Les agents ne sont pas performants pour fournir un travail de qualité faute de moyens. Il y a même des bureaux dépourvus de mobilier. » Plus de 70 % de la population, rappelle le rapport, vit avec moins de 2,15 dollars par jour.

La coalition assortit son constat de recommandations graduées. Elle demande au président Félix Tshisekedi de plafonner les dépenses de fonctionnement des institutions présidentielles et de fermer les circuits parallèles ; au gouvernement, un comité interministériel pour harmoniser les rémunérations et borner les primes des mandataires ; au Parlement, une loi encadrant les revenus publics. La démarche rejoint le débat qui occupe les élus sur la loi anticorruption, sans s’y confondre. Là où le texte parlementaire ajoute un instrument de plus, la note du CNPAV pose une question préalable : on ne sanctionne que ce que l’on peut voir.

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B
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