Ebola Bundibugyo : les chiffres, les zones touchées et les questions non résolues
Au 6 juin 2026, la RDC comptait 515 cas confirmés d’Ebola Bundibugyo, dont 91 décès confirmés, selon l’Organisation mondiale de la santé. L’épidémie reste concentrée en Ituri, mais des cas ont aussi été signalés au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ouganda.
Ebola Bundibugyo : les chiffres, les zones touchées et les questions non résolues
AFP
Un bilan qui progresse avec les tests
L’épidémie d’Ebola causée par le virus Bundibugyo continue de progresser dans l’Est de la République démocratique du Congo. Selon la note de l’OMS publiée le 8 juin, les données arrêtées au 6 juin font état de 515 cas confirmés et 91 décès confirmés en RDC. L’Ouganda a déclaré, de son côté, 19 cas confirmés, dont deux décès, ainsi qu’un cas probable décédé. Au total, les deux pays comptaient 534 cas confirmés et 93 décès confirmés.
Ces chiffres doivent être lus avec prudence. L’OMS précise que la forte hausse observée depuis la fin mai ne correspond pas uniquement à de nouvelles contaminations détectées au jour le jour. Elle s’explique aussi par l’augmentation des capacités de test et par le traitement d’échantillons accumulés en attente d’analyse. Autrement dit, une partie des cas déclarés récemment peut provenir d’infections antérieures, confirmées plus tard par laboratoire.
Cette nuance est importante dans un contexte où les bilans circulent vite sur les réseaux sociaux, souvent sans distinction entre cas suspects, cas confirmés, décès confirmés et décès encore en investigation. Un cas confirmé désigne une personne testée positive. Un cas suspect peut correspondre à un patient présentant des symptômes compatibles, avant confirmation ou exclusion par laboratoire. La confusion entre ces catégories peut amplifier l’inquiétude ou, à l’inverse, donner une impression de recul qui n’est pas encore établie.
L’Ituri concentre l’essentiel des cas
L’Ituri reste le foyer principal de l’épidémie. Selon l’OMS, cette province concentrait 487 des 515 cas confirmés en RDC au 6 juin, soit 94 pour cent du total national. Les zones de santé les plus touchées citées par l’organisation sont Bunia, avec 142 cas confirmés, Rwampara, avec 98 cas, Mongbwalu, avec 92 cas, et Nyankunde, avec 24 cas.
L’épidémie ne se limite toutefois plus à une seule province. Des cas ont été signalés dans 25 zones de santé en RDC : 17 zones sur 36 en Ituri, 7 zones sur 35 au Nord-Kivu et 1 zone sur 34 au Sud-Kivu. L’ECDC, qui reprend les données publiées par le ministère congolais de la Santé, indique que le Nord-Kivu comptait 25 cas confirmés et le Sud-Kivu 3 cas au 6 juin.
La différence de létalité apparente entre provinces appelle aussi à la prudence. L’OMS rapporte un taux de létalité de 15 pour cent en Ituri, contre 64 pour cent au Nord-Kivu. Ce contraste peut refléter plusieurs réalités : un retard de détection, des patients arrivant plus tard dans les structures de soins, des différences dans l’accès aux centres de traitement ou encore une sous notification des cas les moins graves. À ce stade, aucun de ces facteurs ne suffit seul à expliquer l’écart.
Des contacts suivis, mais pas tous vus chaque jour
Le suivi des contacts reste l’un des points décisifs de la riposte. Au 6 juin, 5 040 contacts avaient été identifiés en RDC, dont 4 118 en Ituri, 699 au Nord-Kivu et 223 au Sud-Kivu. Sur ces contacts, 2 535 avaient été suivis au cours des dernières 24 heures, selon l’OMS. Le taux de suivi quotidien variait fortement selon les provinces : 43,2 pour cent en Ituri, 82,5 pour cent au Nord-Kivu et 80,3 pour cent au Sud-Kivu.
Le chiffre de l’Ituri est le plus préoccupant. Dans une épidémie d’Ebola, la recherche des contacts permet d’identifier rapidement les personnes exposées, de les surveiller pendant la période d’incubation et de les isoler en cas de symptômes. Quand une partie importante des contacts échappe au suivi quotidien, le risque augmente de découvrir des malades plus tard, après de nouvelles expositions familiales, communautaires ou hospitalières.
La riposte est aussi fragilisée par l’environnement sécuritaire. L’OMS signale des incidents touchant des structures de santé et des difficultés d’accès dans les provinces affectées. Ces incidents perturbent la surveillance, les soins, l’isolement des patients et le travail communautaire. Dans l’Est de la RDC, une épidémie sanitaire se déploie donc dans un territoire déjà marqué par les déplacements, les routes difficiles, la méfiance et la présence de groupes armés.
Les questions non résolues
La première inconnue concerne le bilan réel des décès. L’OMS indique que le taux de létalité rapporté est probablement sous estimé, car plusieurs décès survenus avant la déclaration officielle de l’épidémie restent en investigation. Le taux actuel ne peut donc pas être interprété comme une photographie définitive de la gravité de l’épidémie.
La deuxième inconnue concerne la dynamique exacte de transmission. L’OMS note que les cas déclarés récemment peuvent inclure des échantillons anciens traités avec retard. Il faut donc distinguer la hausse des confirmations de laboratoire et l’évolution réelle des nouvelles contaminations. Pour savoir si la transmission accélère, ralentit ou se stabilise, les prochains rapports devront montrer la date de début des symptômes, la date du prélèvement et la date de confirmation.
La troisième inconnue concerne les outils médicaux disponibles. L’OMS rappelle que la souche Bundibugyo ne dispose pas encore de vaccin approuvé ni de traitement spécifique approuvé, même si des candidats sont en cours d’évaluation. La prise en charge repose donc sur la détection rapide, l’isolement, les soins de support, la protection des soignants, les enterrements sécurisés et l’engagement des communautés.
La quatrième inconnue concerne le risque régional. L’Ouganda a déjà signalé des cas, principalement liés à des déplacements depuis la RDC ou à des contaminations secondaires associées à ces cas. Selon l’OMS, aucune transmission communautaire documentée n’était établie en Ouganda au 6 juin, mais les mouvements transfrontaliers et les soins recherchés hors de la zone d’origine restent des points de vigilance.
BETO retient surtout que l’épidémie ne se résume pas à un chiffre global. Le bilan officiel monte, mais il monte dans un système où les tests rattrapent du retard, où les décès anciens restent à classer et où le suivi des contacts demeure incomplet dans la province la plus touchée. La donnée la plus solide, à ce stade, est la concentration du foyer en Ituri. La donnée la plus fragile reste la mesure exacte de la transmission en cours.
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