Marco Rubio : « Nous ne voulons pas voir les troupes rwandaises changer d’uniforme pour prendre celui du M23 »
Le secrétaire d’État américain affirme que Washington observe un début de retrait des troupes rwandaises dans l’est de la RDC, tout en mettant en garde contre un possible retrait de façade.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio. PHOTO DROITS TIERS.
AFP
KINSHASA — Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a affirmé que les États-Unis surveillent de près la mise en œuvre des engagements pris par le Rwanda dans le dossier sécuritaire de l’est de la RDC, en particulier le retrait de ses troupes du territoire congolais.
Devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, le chef de la diplomatie américaine a indiqué que Washington constate un certain niveau de conformité du côté rwandais, après l’imposition de sanctions ciblées.
« Nous avons lancé des sanctions ciblées contre le Rwanda. Ils sont venus à la table. Ils ont pris des engagements. Ils respectent ces engagements, peut-être pas au rythme ou à la vitesse que nous souhaiterions, mais il y a eu un certain niveau de conformité concernant le retrait des troupes », a déclaré Marco Rubio, selon la transcription de ses propos transmise à BETO.
Le secrétaire d’État américain a toutefois ajouté que Washington resterait attentif à la réalité du retrait sur le terrain.
« Nous ne voulons pas voir les troupes rwandaises changer d’uniforme pour prendre celui du M23 et prétendre qu’elles se sont retirées », a-t-il averti.
Dans sa formulation originale, Marco Rubio déclare : « We don’t want to see Rwandan troops change uniform into M23 uniforms and claim that they’ve pulled out. »
Cette mise en garde vise le risque d’un retrait de façade : des éléments des Forces de défense rwandaises, RDF, quitteraient officiellement le terrain tout en restant engagés sous une autre apparence, notamment à travers le M23.
« Nous devons surveiller cela très attentivement, et nous devons aussi traiter la question du M23 », a encore dit Marco Rubio.
Cette déclaration intervient alors que Washington pousse Kinshasa et Kigali à respecter les engagements pris dans le cadre du processus de paix. Dans un communiqué publié le 2 juin, le Trésor américain a indiqué que les États-Unis attendent de la RDC qu’elle neutralise les FDLR et les groupes affiliés, et du Rwanda qu’il retire ses troupes et équipements militaires de RDC, tout en cessant tout soutien au M23, conformément aux Accords de Washington pour la paix et la prospérité du 4 décembre 2025.
Le même communiqué du Trésor américain qualifie le M23 de groupe armé soutenu par le Rwanda, actif dans l’est de la RDC et occupant de larges portions du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Washington affirme également que le mouvement contrôle encore Goma et Bukavu, après leur prise respectivement en janvier et février 2025, et l’accuse de graves abus contre les civils.
Kigali rejette régulièrement les accusations de soutien au M23. Reuters rappelle que le Rwanda nie appuyer ce mouvement rebelle, alors que les combats se poursuivent dans l’est de la RDC malgré les efforts de médiation américains.
La vigilance américaine intervient également quelques jours après de nouvelles sanctions ciblées. Le 2 juin, l’Office of Foreign Assets Control, OFAC, a sanctionné John Imani Nzenze, présenté comme commandant et chef du renseignement du M23, ainsi que Gustave Kubwayo, commandant d’une unité de renseignement et d’opérations spéciales des FDLR. Le Trésor américain a justifié ces mesures par la poursuite des violences dans l’est de la RDC et leur impact sur la crise humanitaire.
Pour Kinshasa, les propos de Marco Rubio reprennent une préoccupation souvent exprimée par les autorités congolaises : celle d’une présence militaire rwandaise qui pourrait se maintenir indirectement à travers le M23. Pour Kigali, ils ajoutent une pression diplomatique supplémentaire autour de la vérification effective du retrait annoncé.
Le dossier reste désormais suspendu à deux exigences américaines : le retrait vérifiable des forces rwandaises et le traitement séparé, mais central, de la question du M23.