Sécurité & Défense Est de la RDC : la Russie pointe des mercenaires ex-Ukraine aux drones

Est de la RDC : la Russie pointe des mercenaires ex-Ukraine aux drones

Au Conseil de sécurité, Moscou affirme que des mercenaires étrangers, dont d'ex-combattants venus d'Ukraine, opèrent des drones dans l'est de la RDC.

Est de la RDC : la Russie pointe des mercenaires ex-Ukraine aux drones
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 9 JUILLET 2026 - 19:19 WAT · 4 min de lecture

Le 26 juin, devant le Conseil de sécurité des Nations unies réuni pour sa 10185e séance sur la République démocratique du Congo, la chargée d’affaires de la mission russe, Anna Evstigneeva, a relié la mort de civils frappés par des drones à la présence, dans l’Est congolais, de mercenaires étrangers dont certains auraient combattu en Ukraine. Elle n’a nommé aucun camp et n’a versé aucune preuve. Ce que Moscou avance devant la plus haute instance de sécurité de la planète reste, à ce stade, une accusation attribuée, pas un fait établi.

La séance s’était ouverte sur un constat sombre. Le chef de la mission onusienne, James Swan, y avait décrit un Est plongé dans une crise volatile, où l’armée congolaise, les Wazalendo et, par endroits, les FDLR affrontent l’Alliance Fleuve Congo (AFC)/M23 appuyée par les forces rwandaises. Un an après l’accord signé à Washington entre Kinshasa et Kigali, et malgré le cadre de discussions piloté par le Qatar à Doha, les armes n’ont pas cessé de parler. C’est sur ce fond que la diplomate russe a introduit son avertissement sur les drones et ceux qui les pilotent.

Selon le compte rendu de la séance publié par les Nations unies sous la cote SC/16400, Anna Evstigneeva a d’abord rappelé la frappe du 11 mars à Goma, qui avait coûté la vie à un membre du personnel de l’UNICEF, avant de faire état de combattants venus d’ailleurs. « Nous sommes préoccupés par les informations selon lesquelles des mercenaires étrangers, dont certains ont acquis une expérience du combat en Ukraine, sont employés comme instructeurs et opérateurs de drones », a déclaré la représentante russe, dont les propos sont consignés dans le même document.

Le point mérite d’être posé avec prudence. À aucun moment la diplomate n’a précisé pour quel camp travailleraient ces opérateurs, ni les FARDC, ni l’AFC/M23, ni un acteur tiers. Le compte rendu onusien parle d’informations, pas de constatations. Aucun nom, aucune nationalité, aucune pièce n’a été versée au débat. La réserve s’impose d’autant plus que Moscou est lui-même partie au conflit ukrainien : présenter d’anciens combattants d’Ukraine comme un facteur d’aggravation en Afrique centrale sert aussi un récit que la Russie porte sur d’autres théâtres. L’affirmation appelle une vérification indépendante avant toute reprise comme un acquis.

Reste que la toile de fond, elle, est documentée. L’usage d’aéronefs sans pilote a changé le visage de la guerre dans les Kivus, et le prix en est payé par les civils. Devant le Conseil, James Swan a fait état de 28 civils tués par les Forces démocratiques alliées (ADF) depuis le précédent point, et rappelé que près de 27 millions de Congolais vivent en insécurité alimentaire. La résolution 2773, adoptée en 2025, continue d’exiger le retrait des forces rwandaises et l’arrʴt des hostilités du M23. Dans la même intervention, la Russie a pointé une autre menace, celle des ADF, groupe d’origine ougandaise qu’elle rattache à des réseaux terroristes internationaux. « Les Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé lié à des réseaux terroristes internationaux, constituent une menace particulière. Leurs dirigeants profitent de l’escalade des tensions dans l’est de la RDC pour intensifier leurs activités extrémistes », a affirmé Anna Evstigneeva, selon le compte rendu SC/16400.

L’intervention russe superpose deux réalités de nature différente. La première, la montée des drones dans l’Est et le nombre des morts, est établie. La seconde, l’origine ukrainienne prêtée à certains opérateurs, ne l’est pas. Tant qu’aucun groupe d’experts de l’ONU ni aucune enquête judiciaire n’aura confirmé ces profils, la présence de mercenaires ex-Ukraine aux commandes des drones dans l’Est congolais restera ce qu’elle a été le 26 juin dans la salle du Conseil de sécurité, la parole d’un État, consignée dans un compte rendu, et pas davantage.

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B
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