Ebola en RDC : la létalité a presque doublé en trois semaines, au-dessus de 30 %
Le taux de décès parmi les cas confirmés d'Ebola est passé d'environ 18 % début juin à plus de 30 % fin juin. Une courbe qui en dit long sur les retards de prise en charge.

Ebola en RDC : la létalité a presque doublé en trois semaines, au-dessus de 30 %
AFP
Les chiffres officiels dessinent une pente ascendante. Le 8 juin 2026, le ministère de la Santé et l’Institut national de santé publique faisaient état de 515 cas confirmés et 91 décès, soit une létalité de 17,7 %. Le 30 juin, le bilan atteignait 1 406 cas et 438 décès, portant ce taux à un peu plus de 30 %. En trois semaines, la proportion de malades qui meurent parmi les cas confirmés a presque doublé. La série indépendante de l’Organisation mondiale de la santé, calculée sur ses propres relevés, confirme la même tendance, d’environ 11 % fin mai à près de 24 % à la mi-juin.
Ce taux répond à une définition précise, et il faut s’y tenir. Il rapporte les décès aux seuls cas confirmés en laboratoire, non aux cas suspects, bien plus nombreux. Le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, en a fait une règle de communication. « Nous avons décidé de vous donner toujours les vrais chiffres des malades et non de donner des suspects », a-t-il déclaré à la mi-juin. Comparer un taux calculé sur les confirmés avec un autre calculé sur les suspects n’aurait aucun sens, et fausserait la lecture.
Une létalité qui grimpe en cours d’épidémie n’a rien d’un paradoxe. Le taux monte mécaniquement lorsque des cas graves, hospitalisés tôt, évoluent vers le décès, et surtout lorsque la recherche active rattrape des morts survenues dans les communautés, confirmées après coup en laboratoire. L’OMS, dans ses bulletins, pointe plusieurs facteurs, un grand nombre de décès communautaires liés à des funérailles non sécurisées, une transmission à l’hôpital ayant coûté la vie à des soignants, et un recours tardif aux soins. Le ministre Kamba, lui, préfère lire dans la hausse des cas le signe d’une riposte qui progresse. « Les épidémiologistes voient cela comme une avancée de la riposte », a-t-il estimé.
Un piège guette toutefois la lecture de ces chiffres, celui des comparaisons hâtives. Au 8 juin, la létalité affichée au Nord-Kivu dépassait 60 %, contre environ 15 % en Ituri. Cet écart ne veut pas dire que le virus tue davantage au Nord-Kivu. Il traduit une sous-détection, les autorités n’y repérant surtout que les cas les plus graves, ceux qui décèdent. Comparer les provinces comme si elles étaient mesurées de la même manière conduirait à une conclusion fausse.
Reste la question de la gravité propre à cette souche. L’Agence de santé publique du Canada estime la létalité de la maladie à virus Bundibugyo entre 30 et 50 %, d’après les précédentes flambées d’Ouganda en 2007 et de RDC en 2012. Le taux congolais actuel, autour de 30 %, se situe au bas de cette fourchette. La prudence commande de ne pas en conclure que l’épidémie de 2026 serait plus meurtrière que celles du passé, car un taux mesuré en pleine épidémie n’est pas comparable à un bilan final, arrêté une fois la dernière chaîne éteinte.
Pour Kinshasa, cette courbe est un signal, pas une fatalité. Une létalité qui double dit d’abord que trop de malades arrivent trop tard, ou meurent sans avoir été soignés. La faire refluer ne tient pas à un remède miracle, mais à une chose simple et difficile, ramener les gens vers les centres, tôt, avant que la maladie ne gagne. Le taux de décès n’est pas qu’une statistique. C’est la mesure du temps perdu entre les premiers symptômes et la première prise en charge.
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