Politique Dialogue en RDC : ce qui a été acté le 17 juillet, et les quatre inconnues qui restent
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Dialogue en RDC : ce qui a été acté le 17 juillet, et les quatre inconnues qui restent

Accord de principe le 17 juillet, marche suspendue le 20, veto contre Kabila le 25, demande d'enquête internationale le 28 : dix jours de séquence, et quatre questions sans réponse sur le format, les participants, la justice pour les victimes et le calendrier.

Dialogue en RDC : ce qui a été acté le 17 juillet, et les quatre inconnues qui restent
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 28 JUILLET 2026 - 12:17 WAT · 6 min de lecture

Le vendredi 17 juillet 2026, le président Félix Tshisekedi a reçu des représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo et de l’Église du Christ au Congo. Le compte rendu du média public national indique que cette rencontre « s’inscrit dans le cadre des efforts en cours visant à favoriser l’ouverture d’un dialogue national inclusif en République démocratique du Congo ». Dix jours plus tard, une marche a été suspendue, une plateforme d’opposition a posé une condition supplémentaire, un parti a proposé une transition, et un veto a été opposé à deux participants possibles. Le principe est acquis. Le reste ne l’est pas.

Dix jours, six étapes

  • 17 juillet : le chef de l’État reçoit la CENCO et l’ECC.
  • 18 juillet : les deux Églises consultent la C64 à l’Archevêché de Kinshasa.
  • 20 juillet : la C64 suspend sa marche du 22 juillet.
  • 25 juillet : un veto est opposé à la présence de Joseph Kabila et de l’AFC/M23.
  • 28 juillet : la C64 réclame une enquête internationale sur les violences du 12 juin.

Ce que les Églises ont obtenu, et comment

Le rôle de médiation des deux confessions n’est pas né le 17 juillet. Le compte rendu officiel précise qu’elles travaillent de longue date à la recherche d’un espace de concertation entre les forces politiques et sociales, et qu’elles plaident pour un cadre réunissant la majorité, l’opposition et d’autres composantes de la société.

Leur première démarche après la rencontre présidentielle a visé un obstacle immédiat. Le lendemain, samedi 18 juillet, elles se sont rendues à l’Archevêché de Kinshasa pour rencontrer les responsables de la plateforme d’opposition C64. L’objet en est décrit sans détour dans le communiqué de la CENCO : « La CENCO et l’ECC ont consulté, ce samedi 18 juillet 2026 à l’Archevêché de Kinshasa, les responsables de la plateforme de l’opposition C64 afin d’obtenir le principe du report de leur marche prévue le 22 juillet 2026 ».

La démarche a abouti. Le 20 juillet, la C64 annonçait la suspension de sa marche, en réponse aux appels du cardinal Fridolin Ambongo et du pasteur André Bokundoa. C’est le premier résultat concret du processus : une rue calmée, obtenue non par une interdiction administrative mais par une médiation religieuse acceptée par les deux bords.

Première inconnue : le format

Onze jours après la rencontre du 17 juillet, aucune date, aucun lieu, aucun format n’ont été annoncés. Le dialogue existe sous la forme d’un accord de principe et d’une série de consultations, dont celle du 18 juillet à l’Archevêché, ce qui laisse ouvertes les questions qui ont fait échouer les exercices précédents : qui convoque, qui préside, qui arbitre les conclusions, et quelle valeur juridique elles auront.

Le média public place lui-même deux sujets dans le contexte de la rencontre du 17 juillet : la situation sécuritaire dans l’Est, et les débats autour d’un éventuel changement constitutionnel. Le second divise le plus, et sa présence ou son absence à l’ordre du jour déterminera l’attitude d’une partie de l’opposition, dont la C64, qui avait fait de cette question l’un des motifs de sa marche du 22 juillet.

Deuxième inconnue : qui s’assoit à la table

La question de la participation est déjà l’objet d’un affrontement public. Le 25 juillet, un veto a été opposé à la présence de Joseph Kabila et de l’AFC/M23 aux discussions, assorti de critiques visant des figures de l’opposition favorables à une ouverture large. Aucune décision officielle n’a été prise sur ce point.

L’argument de fond a été formulé le 27 juillet par l’universitaire Bob Kabamba Kazadi : « Le péché originel de la RDC, c’est d’avoir récompensé ceux qui prennent les armes ». Cette phrase résume l’objection à toute association d’un mouvement armé à une négociation politique : elle transformerait la violence en ticket d’entrée. L’objection inverse, portée par les partisans d’un format élargi, tient au fait qu’un accord qui ignore les acteurs présents sur le terrain n’a jamais mis fin à un conflit dans l’Est.

Sur les positions de Jean-Pierre Bemba et de Vital Kamerhe, deux poids lourds dont l’adhésion pèserait, aucune prise de parole publique sur le principe du dialogue n’apparaît dans les sources consultées à ce jour.

Troisième inconnue : la justice pour les victimes

La C64 a posé une condition qui déborde le cadre des discussions politiques. Le 28 juillet, la plateforme a jugé insuffisant le rapport de la Commission nationale des droits de l’homme sur les violences du 12 juin, et réclamé l’ouverture d’une enquête internationale.

Cette exigence, formulée le 28 juillet, change la nature de la négociation. Tant qu’elle porte sur des sièges et des institutions, un dialogue se traite entre appareils politiques. Dès qu’elle porte sur l’établissement de responsabilités dans les violences du 12 juin, elle engage des procédures judiciaires que le pouvoir ne contrôle pas et que l’opposition ne peut abandonner sans se déjuger devant ses militants. La demande d’enquête internationale suppose en outre la saisine d’un mécanisme extérieur, ce qui déplace l’arbitrage hors du pays.

Quatrième inconnue : ce que chacun vient chercher

La question posée dans le débat public congolais, celle de savoir si l’ouverture du 17 juillet traduit une réorientation de fond ou une manœuvre de circonstance, ne se tranchera pas par les intentions mais par trois indicateurs vérifiables.

La composition de la table, d’abord : un dialogue qui réunirait les seules formations déjà proches du pouvoir n’aurait pas le même statut qu’un cadre associant la C64, l’UTC et les autres plateformes. L’UTC a d’ailleurs pris date le 28 juillet en proposant une transition de trois ans avec Félix Tshisekedi à la présidence et Martin Fayulu à la primature, ce qui indique le niveau d’ambition que certains acteurs assignent à l’exercice.

L’ordre du jour, ensuite : la présence ou l’absence de la question constitutionnelle et de celle des violences dira ce que le processus accepte de mettre en discussion. Le calendrier, enfin. Un dialogue annoncé mais jamais convoqué produit un effet politique immédiat, celui d’apaiser la rue, sans engager personne sur le fond. La suspension de la marche du 22 juillet montre que cet effet a déjà joué. La suite dira s’il était un moyen ou une fin.

L’Union européenne, qui a exhorté le 25 juillet les acteurs politiques congolais à privilégier la voie du dialogue, observe la même chose que les Congolais : un processus dont tout le monde salue le principe, et dont personne ne connaît encore les règles.

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B
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