Entre le 29 juin et le 17 juillet, dix-huit jours ont passé et un verbe a changé. Dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi avertissait que « le dialogue ne peut être détourné de son sens » et « ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple ». Il conditionnait alors toute discussion au retour de la paix à l'Est et posait que le recours aux armes n'ouvre aucun droit à la négociation. Vendredi, à la sortie d'une audience, le cardinal Fridolin Ambongo a annoncé que le chef de l'État avait « levé l'option d'engager notre pays dans un dialogue entre fils et filles du Congo, un dialogue inclusif ». Ce n'est plus une mise en garde, c'est une décision. Elle reste, dans la même phrase, subordonnée à des conditions qui se préciseront « chemin faisant ».
Une phrase de la déclaration du cardinal Fridolin Ambongo contient toute la suite. Le président Félix Tshisekedi a levé l'option d'un dialogue inclusif, a-t-il dit, en fonction de conditions qui se préciseront « chemin faisant ». Ce membre de phrase n'est pas un ornement. Il signifie que rien de ce qui fait un dialogue n'est arrêté, et que tout ce qui reste à arrêter est précisément ce sur quoi les acteurs congolais ne s'accordent pas.
En ouvrant le dialogue, le camp présidentiel reprend la main sur un mot qui appartenait à l'opposition, sans rien concéder d'écrit. Ce que Tshisekedi et l'Union sacrée jouent dans la séquence : l'initiative, le texte constitutionnel intact, et le stylo de la convocation.
Derrière un front uni contre la révision constitutionnelle, l'opposition congolaise avance en ordre dispersé. Ce que le dialogue et la marche du 22 juillet révèlent de ses calculs : l'urne pour Fayulu, la présidentielle pour Katumbi, la survie judiciaire pour le camp Kabila.
Après avoir annoncé le dialogue inclusif, le cardinal Fridolin Ambongo a lancé un appel qui n'épargne aucun camp : « c'est à nous tous, ceux qui sont au pouvoir tout comme ceux qui sont dans l'opposition, de s'inscrire dans cette dynamique. »
Le dialogue annoncé le 17 juillet n'a ni date, ni lieu, ni médiateur, ni ordre du jour. Le motif qu'en a donné le cardinal Fridolin Ambongo est l'agression « qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda » et l'unité qu'elle impose. Le cadre juridique, lui, est écrit depuis 2006. Il détermine à lui seul l'essentiel de ce qui peut sortir de la table, quels que soient ceux qui s'y assiéront.
Le 7 août 1991, au Palais du peuple, des Congolais s'asseyaient pour refonder leur pays. Le 17 juillet 2026, un cardinal sortait d'une audience pour annoncer que le chef de l'État avait « levé l'option » d'un dialogue entre fils et filles du Congo. Trente-cinq ans séparent les deux dates. Entre elles, le pays s'est assis cinq fois. Cinq fois, il s'est relevé avec un organigramme. Et cinq fois, la question qui l'avait fait s'asseoir est restée sur la table.
Le 6 juillet, au retour de Bujumbura, BETO décrivait ici une mécanique simple : une coalition qui n'existe que par un refus survit tant qu'on ne lui demande rien d'autre que de refuser. Onze jours plus tard, on lui demande autre chose. En annonçant que le chef de l'État a « levé l'option » d'un dialogue inclusif, le cardinal Fridolin Ambongo a posé sur la table de l'opposition la seule question qu'elle avait réussi à ne pas trancher : dire oui, à quoi, et à quel prix.
La CENCO et l'Église du Christ au Congo ont consulté, le samedi 18 juillet à l'archevêché de Kinshasa, les responsables de la Coalition Article 64 « afin d'obtenir le principe du report » de la marche du 22 juillet, dans le contexte de l'annonce du dialogue par le chef de l'État.
Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, a prononcé cette phrase devant une caméra de la Présidence, le vendredi 17 juillet, à la sortie d'une audience avec le chef de l'État. Trois autres responsables de confessions religieuses se tenaient à ses côtés. Aucun d'eux n'a parlé. En dix-huit jours, la ligne que Félix Tshisekedi tenait publiquement depuis son adresse à la Nation du 29 juin a bougé.