Guerre à l’Est : ce que la RDC perd vraiment, de Rubaya au budget étouffé
Coltan détourné à Rubaya, croissance rabotée, 30 % du budget à la défense, millions de déplacés : le coût économique de la guerre à l'Est de la RDC, en chiffres sourcés.
Kinshasa a inscrit la mine de coltan de Rubaya, contrôlée par les rebelles du M23, sur une liste d’actifs stratégiques proposés aux États-Unis dans le cadre d’un partenariat sur les minéraux critiques. Une initiative à forts enjeux économiques et géopolitiques, alors que l’est du pays reste en proie aux violences.
AFP
Tout commence dans une mine. Depuis la prise de Rubaya, dans le Nord-Kivu, la coalition AFC/M23 tire environ 800 000 dollars par mois de la seule taxe sur la production et le commerce du coltan, selon le Groupe d’experts des Nations unies. Au moins 150 tonnes de ce minerai ont été exportées frauduleusement et mélangées à la production rwandaise. Le Groupe d’experts parle de « la plus grande contamination de ce type enregistrée au cours des dix dernières années ». Chaque tonne détournée est une recette qui échappe à l’État congolais.
La perte remonte jusqu’aux comptes de la nation. Le Fonds monétaire international a ramené sa prévision de croissance à 5,3 % pour 2025, contre 6,5 % l’année précédente, en citant l’escalade militaire du début 2025. Dans le même temps, les dépenses de sécurité ont grimpé de l’équivalent de 0,8 point de produit intérieur brut, soldes des militaires et des policiers doublés, et le déficit s’est creusé à 1,2 % du PIB, au-delà de la cible.
Le budget dit la priorité, et son prix. « Le gouvernement consacre 11 896 milliards de francs congolais, soit près de 30 % du budget général, aux forces de défense et de sécurité », a déclaré la Première ministre Judith Suminwa Tuluka en présentant la loi de finances 2026. Chaque franc versé à la tranchée est un franc de moins pour l’école, la route ou l’hôpital. C’est le coût indirect de la guerre, celui qui ne se voit pas sur une ligne de front.
Le pillage, lui, se mesure en tonnes. Dans la zone de Rubaya tenue par l’AFC/M23, la RDC perdrait de l’ordre de 120 tonnes de coltan par mois. Le minerai qui finance la rébellion est le même que celui qui manque aux caisses publiques, un double effet que l’occupation entretient.
Derrière les chiffres, il y a les gens. Le pays comptait 6,47 millions de déplacés internes au printemps 2026, ce qui le plaçait parmi les cinq pays les plus touchés au monde, et le Haut-Commissariat aux réfugiés redoutait une aggravation d’ici la fin de l’année. Pour les secourir, les humanitaires ont lancé un appel de 2,54 milliards de dollars, financé à moins de 15 % en septembre. La détresse coûte, et la facture reste largement impayée.
Une béquille masque en partie l’hémorragie. Sous sa facilité élargie de crédit, le FMI a décaissé 261,9 millions de dollars lors d’une revue, un appui à la balance des paiements qui a valu à Kinshasa une réputation de bon élève. Mais un prêt n’est pas une compensation, et la résilience macroéconomique ne rend ni Rubaya ni les récoltes abandonnées. La croissance annoncée reste qualifiée de fragile.
Pour Kinshasa, la guerre se paie deux fois, en recettes perdues et en dépenses forcées. L’addition exacte n’existe pas, faute d’un chiffre officiel consolidé, et il serait trompeur d’empiler des grandeurs aussi différentes que des tonnes de coltan, des points de croissance et des colonnes de déplacés. Reste une certitude comptable : tant que l’Est échappe à l’État, c’est l’économie tout entière qui règle la note.
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