Ebola en RDC : Bundibugyo, cette souche de 2007 contre laquelle il n’existe aucun vaccin homologué
L'épidémie de l'Ituri n'est pas due au virus Ebola le plus connu, mais à la souche Bundibugyo, identifiée en 2007. Le vaccin Ervebo n'est pas homologué contre elle, ce qui change toute la riposte.
Ebola en RDC : Bundibugyo, cette souche de 2007 contre laquelle il n’existe aucun vaccin homologué
AFP
Toutes les épidémies d’Ebola ne se ressemblent pas, et celle qui touche l’Ituri en 2026 le rappelle. Le 15 mai 2026, les analyses de laboratoire ont confirmé que le virus en cause appartenait à l’espèce Bundibugyo, et non à la souche Zaïre, la plus meurtrière et la plus fréquente en République démocratique du Congo. C’est la dix-septième flambée d’Ebola recensée dans le pays depuis 1976. Le 17 mai, l’Organisation mondiale de la santé la classait urgence de santé publique de portée internationale, son plus haut niveau d’alerte.
La souche a une histoire et un berceau. Elle a été découverte en Ouganda, dans le district de Bundibugyo, lors d’une flambée qui a débuté à l’été 2007 et s’est éteinte en février 2008. Les autorités sanitaires y avaient alors décrit une espèce nouvelle du virus Ebola, la quatrième connue à toucher l’homme. Ce premier épisode avait fait 149 cas et 37 décès, soit une létalité d’environ 25 %, inférieure à celle de la souche Zaïre, qui dépasse souvent la moitié des malades. Pour l’épidémie de 2026, l’OMS retient toutefois une fourchette de 30 à 50 %, au vu des précédentes flambées de cette souche.
Sur le terrain, l’épidémie reste mouvante, et ses bilans sont des instantanés qu’il ne faut pas additionner. Selon le bulletin de l’OMS arrêté au 15 mai 2026, la riposte dénombrait 246 cas suspects et 80 décès, dont huit cas alors confirmés en laboratoire. Deux semaines plus tard, l’Institut national de santé publique faisait état, au 2 juin, de 363 cas confirmés et 62 décès en République démocratique du Congo, la maladie ayant aussi franchi la frontière ougandaise. Les foyers se concentrent en Ituri, autour de Bunia, de Rwampara et de Mongbwalu, avec des débordements signalés vers les provinces voisines.
C’est ici que la nature de la souche pèse. Le seul vaccin homologué contre Ebola, l’Ervebo, protège contre la souche Zaïre, celle des grandes épidémies de 2018 à 2020. Il n’est pas homologué contre la souche Bundibugyo. L’OMS est explicite sur ce point. « At present, there are no licensed vaccines for Sudan virus disease, Taï Forest virus disease or Bundibugyo virus disease », écrit l’organisation, soit, en français, « à ce jour, il n’existe aucun vaccin homologué contre la maladie à virus Soudan, à virus de la forêt de Taï ou à virus Bundibugyo ». Elle ajoute ne pas recommander l’usage de l’Ervebo pour riposter aux flambées de cette souche, faute de preuves suffisantes d’efficacité.
Le 28 mai 2026, un groupe d’experts réuni par l’OMS a confirmé cette limite. « Ervebo is not licensed for prevention of BVD and evidence on cross-protection to other Ebola virus species remains limited and inconclusive », concluaient-ils, soit « l’Ervebo n’est pas homologué pour la prévention de la maladie à virus Bundibugyo, et les preuves d’une protection croisée vers d’autres espèces du virus restent limitées et non concluantes ». La conséquence est directe. La vaccination en anneau, qui avait permis de casser les chaînes de transmission lors des épidémies de souche Zaïre, ne peut pas être déployée de la même manière ici.
Cette absence de vaccin ne signifie pas une absence de recours. Le même groupe d’experts a priorisé plusieurs candidats à l’évaluation, un vaccin rVSV ciblant la souche Bundibugyo et un vaccin de type ChAdOx1 développé à Oxford, ainsi que des traitements par anticorps monoclonaux et l’antiviral remdésivir. Mais ces produits sont encore en essai, et les premiers vaccins spécifiques pourraient n’être disponibles qu’après plusieurs mois. La riposte se joue donc, pour l’heure, sur les fondamentaux, dépistage rapide, isolement, prise en charge précoce et enterrements sécurisés.
Et ces fondamentaux sauvent déjà. En visite à Bunia fin mai, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a tenu à le dire. « Il est possible de survivre à l’Ebola causé par le virus Bundibugyo grâce à des soins médicaux de qualité, et certaines personnes ici, en Ituri, se sont déjà rétablies. Se faire soigner rapidement fait toute la différence », déclarait-il. Le directeur général de l’Institut national de santé publique, Dieudonné Mwamba Kazadi, y voyait un argument de mobilisation. « C’est une victoire qui mérite d’être célébrée. C’est un message fort qui montre qu’il est possible de se remettre d’Ebola lorsqu’on se fait soigner rapidement dans un établissement de santé spécialisé », soulignait-il.
Pour Kinshasa, l’épidémie de l’Ituri impose une leçon de précision. Nommer la bonne souche, c’est choisir la bonne riposte, et se garder de promettre un vaccin qui n’existe pas encore. Les bilans continueront d’évoluer, à mesure que la surveillance s’étend. Mais tant que la science n’aura pas doté la souche Bundibugyo de son propre vaccin, la première arme restera la plus ancienne, soigner vite, isoler tôt, et convaincre les malades de venir. Contre ce virus-là, il n’y a pas encore de raccourci.
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