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RDC : vers un dénouement dans le dossier Gertler à Washington

Cinquante-quatre élus démocrates ont écrit le 17 août sur une possible levée des sanctions visant Dan Gertler. Pendant ce temps, le Trésor congolais décaisse 200 000 dollars par jour au titre de l'accord de 2022.

RDC : vers un dénouement dans le dossier Gertler à Washington
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 21 AOÛT 2026 - 20:55 WAT · 7 min de lecture

Cinquante-quatre élus démocrates de la Chambre des représentants ont écrit le 17 août 2026 à quatre membres de l’administration américaine, la représentante au commerce, le secrétaire d’État, le secrétaire au Commerce et le secrétaire au Trésor, pour demander des comptes sur les accords conclus autour des minerais critiques. La lettre, conduite par Jared Huffman, Linda Sánchez et Jonathan Jackson, rejoints par cinquante et un collègues, pose dix questions. L’une d’elles porte sur un homme dont le nom revient dans le dossier congolais depuis quinze ans : les signataires écrivent que « des rapports indiquent que les États-Unis pourraient lever les sanctions de la loi Magnitski visant l’homme d’affaires Dan Gertler pour faciliter un accord sur le cobalt ».

Le reste de la lettre du 17 août vise l’architecture de ces accords. Les cinquante-quatre élus y dénoncent un manque de transparence et l’absence de protections applicables en matière de droits du travail, de droits humains et d’environnement. Ils s’inquiètent d’investissements et de garanties de prêts qui transfèrent le risque vers le contribuable américain. Ils relèvent un accord de partenariat stratégique qui exigerait des changements constitutionnels et accorderait un droit de première offre aux sociétés américaines, ainsi qu’un soutien américain à des forces paramilitaires gardant des sites miniers.

Il faut lire cette liste depuis Kinshasa. Aucune de ces dix questions n’est formulée au nom de l’intérêt congolais, et c’est logique : Jared Huffman représente la Californie, Jonathan Jackson l’Illinois. Le seul contrôle parlementaire documenté sur ce partenariat, au 20 août 2026, est américain.

Ce que les sanctions ont coûté, et ce que l’accord coûte encore

La désignation remonte à décembre 2017. Le Trésor américain inscrit alors Dan Gertler sur la liste de la loi Magnitski mondiale pour corruption majeure dans l’obtention de droits miniers en République démocratique du Congo. La mesure est administrative, prise par le pouvoir exécutif américain, et non une décision de justice congolaise ou américaine.

Elle a été détricotée une fois. En janvier 2021, l’administration sortante accorde une licence générale qui vide la sanction de son effet. En mars 2021, la nouvelle administration la révoque. En février 2022, la société Ventora signe un accord transactionnel avec le gouvernement congolais.

Les chiffres de ce dossier sont établis par une coalition de vingt-quatre organisations congolaises et internationales, qui écrivaient le 8 mars 2023 que « la RDC aurait perdu plus de 1,36 milliard de dollars » entre 2010 et 2012 du fait d’opérations minières et pétrolières opaques. La même lettre relève des redevances de 200 000 dollars par jour perçues sur trois projets miniers pendant la décennie à venir, et un paiement net de 189 millions d’euros dû par la RDC au titre de l’accord de 2022. Ces organisations posaient sept conditions à toute levée de sanctions, dont la suspension des paiements, une négociation associant le Parlement et la société civile congolaise, et la levée des condamnations à mort visant deux lanceurs d’alerte congolais.

Deux cent mille dollars par jour font 73 millions de dollars par an. C’est le Trésor congolais qui les décaisse, pendant que le débat sur la levée des sanctions se tient à Washington.

Le cobalt qui donne à ce dossier son poids

Ce qui met la RDC sur la table américaine tient dans un rapport de forces industriel. Le pays a produit 230 000 tonnes de cobalt en 2025, soit 73 % du total mondial. La Chine, elle, concentre environ 95 % de la capacité mondiale de raffinage. Sécuriser une route directe entre les mines congolaises et l’industrie américaine est l’objet du partenariat, et c’est cet objectif que les cinquante-quatre élus soupçonnent de justifier un assouplissement.

Un troisième dossier s’y superpose depuis l’été. Le 30 juillet 2026, Nature Communications a publié une étude intitulée « Uranium in cobalt-hydroxide exports from the Democratic Republic of the Congo », signée de chercheurs de Princeton et de l’université du Wisconsin-Madison, en lien avec des investigations menées par le Financial Times et Lighthouse Reports. Elle estime qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel ont quitté le pays entre 2000 et 2024, mêlées aux exportations d’hydroxyde de cobalt, principalement vers la Chine. Kinshasa a annoncé des tests, la création d’un groupe de travail, une consultation de l’Agence internationale de l’énergie atomique et une contre-vérification sous soixante jours.

Une précision s’impose ici, parce que la couverture internationale a dérapé. Le chiffre de 600 à 1 500 armes nucléaires, largement repris depuis fin juillet, ne figure pas dans l’étude. BETO l’a établi le 7 août : il provient d’une déclaration au communiqué de presse d’une université, le jour même de la publication, et non d’un résultat évalué par les pairs.

Trois fils se croisent donc sur le même minerai. Un partenariat qui promet une route directe vers l’industrie américaine. Un homme sanctionné dont la radiation éventuelle est présentée comme le prix de cette route. Et une chaîne d’exportation dont la composition même est en cours de vérification. Sur ces trois fils, la RDC est le pays d’origine du cobalt, le débiteur de l’accord de 2022 et l’objet de l’enquête. Elle n’est, à ce stade, l’auteur d’aucune des trois lettres, et son Parlement n’a rendu public aucun examen du partenariat.

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B
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