Référendum : la question du coût, à l’ombre du milliard de dollars des élections de 2023
Le référendum constitutionnel n'a pas de coût officiel et n'est pas convoqué. Mais à l'aune d'élections à plus d'un milliard de dollars et d'un budget happé par la défense, la facture s'annonce lourde.
Election du gouverneur et des sénateurs à l'Assemblée provinciale du Kwilu. Photo d'illustration. © Droits tiers.
AFP
D’emblée, une précision s’impose. Le référendum n’est pas convoqué, et son prix n’a jamais été chiffré. Aucune estimation budgétaire dédiée n’a été publiée à ce jour par la Commission électorale nationale indépendante, le gouvernement ou un bailleur. Le 15 juin 2026, selon les comptes rendus parlementaires, l’Assemblée nationale et le Sénat ont adopté une proposition de loi fixant les conditions d’organisation d’un référendum. Le 30 juin, dans son discours du soixante-sixième anniversaire de l’indépendance, le président Félix Tshisekedi a annoncé avoir déféré ce texte à la Cour constitutionnelle avant toute promulgation. Le scrutin reste donc une hypothèse, pas une échéance.
Ce que l’on connaît, en revanche, c’est le coût des urnes en République démocratique du Congo. Il n’a cessé de grimper. Selon un rapport de l’Institut Ebuteli rendu public le 22 avril 2025, les élections générales de décembre 2023 ont coûté 1,096 milliard de dollars, un record. La courbe dressée par la même étude est nette, 540 millions de dollars en 2006, 700 millions en 2011, un milliard en 2018, et ce dépassement du milliard en 2023. Le même travail pointait la facture des dispositifs électroniques de vote, 26 000 appareils acquis à 4 225 dollars l’unité, soit près de 110 millions de dollars, quand le coût unitaire avoisinait 1 500 dollars cinq ans plus tôt.
Un référendum n’est pas une élection générale. Il ne comporte qu’une question, une seule, et se passe des candidatures, des bulletins pléthoriques et d’une partie de la logistique d’un scrutin combiné. Le président de la CENI, Denis Kadima, l’a déclaré à la mi-juin 2026, jugeant un référendum techniquement plus simple qu’une élection. Mais il a aussitôt conditionné son organisation à un financement gouvernemental non encore garanti. Plus simple ne veut pas dire bon marché. L’enrôlement des électeurs, le déploiement du matériel sur un territoire vaste comme un continent, la sécurisation des bureaux, tout cela demeure, et pèse.
Or les finances publiques sont sous tension. Le budget 2026, arrêté à 59 021 milliards de francs congolais, consacre, selon la présentation qu’en a faite le gouvernement en novembre 2025, près de 30 % de ses crédits à la défense et à la sécurité. La Première ministre, Judith Suminwa, a justifié cette priorité, ces fonds devant servir à « renforcer l’équipement militaire, améliorer la logistique et assurer une meilleure prise en charge du personnel militaire et policier ». En mai 2026, une loi de finances rectificative a revu cette enveloppe à la baisse, autour de 50 295 milliards de francs. La guerre à l’Est, elle, ne desserre pas son étreinte sur les comptes.
Le Fonds monétaire international l’a écrit sans détour. Au terme d’une mission achevée le 6 mai 2026, l’institution constatait que « la persistance du conflit armé dans l’est de la RDC continue de peser sur les finances publiques, notamment en raison de l’intensification des initiatives de mobilisation diplomatique et socio-politique ». Dans ce cadre contraint, tout scrutin devient un arbitrage. Tout crédit affecté à une consultation est un crédit soustrait à d’autres postes, et réciproquement. C’est ce calcul, davantage que le seul montant, qui nourrit la controverse.
Car le débat sur le référendum est d’abord politique. Le pouvoir défend ce qu’il présente comme une Constitution refondée. Le président Tshisekedi avait ouvert le sujet à Kisangani, le 24 octobre 2024, par une charge restée célèbre. « Notre constitution n’est pas bonne. Elle a été rédigée à l’étranger par des étrangers », affirmait-il. L’opposition, l’Église et une partie de la société civile y voient au contraire une manœuvre et ont appelé à manifester. Le président du parti Envol, Delly Sesanga, s’adressait ainsi au chef de l’État à la mi-juin 2026, « soit l’histoire retiendra de lui qu’il a été celui qui a liquidé notre héritage démocratique, ou il peut se ressaisir et choisir la patrie plutôt que le pouvoir ». Le coût financier n’est qu’un des arguments d’un affrontement plus large.
À ce stade, la prudence commande de s’en tenir aux faits. Nul ne connaît le prix d’un référendum qui n’est pas encore décidé, et la loi qui l’encadre est aux mains des juges constitutionnels. Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’un pays où les urnes ont coûté plus d’un milliard de dollars, et où la sécurité absorbe près d’un tiers du budget, ne consultera pas son peuple sans y consacrer des moyens considérables. La vraie question n’est pas seulement combien, mais au prix de quoi.
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